Les combats du photographe

Comme tous les gens de terrain, le photographe est aux premières loges pour les constats de tous genres, humains, naturels, et comportementalistes. Ses terrains d’investigation, ses préoccupations, ou plus simplement les commandes qu’il honore, le mettent en situation de voir et d’anticiper parfois sur ce qu’il voit. Il  lui appartient aussi d’apprendre le milieu qu’il veut pénétrer, et de s’informer en amont et en aval de ses pratiques.

Photographe nature régulière, j’essaie ainsi d’apprendre du milieu que je parcours et sur lui. Mes ignorances sont vastes et je ne me veux ni prétends experte de rien. Mais je ne veux pas déranger l‘ordre naturel ni, comme certains, devenir une prédatrice d’images à tout prix : ne pas approcher dès lors de certains sites sans précaution est devenu un automatisme. Ne pas arracher ce qui dérange, piétiner sans vergogne, déplacer un sujet de son habitat, une éthique. Ne pas adopter les à priori mais conforter les conseils glanés parfois ici et là par des recherches approfondies, une solution. Tourner aussi 100 fois ma langue dans ma bouche avant de communiquer sans certitude sur les choses que je vois. Ne jamais hésiter par contre à questionner, l’ignorance ayant pour vertu le fait qu’elle peut être comblée si facilement !

Le photographe peut devenir ainsi une sorte de vigie en avant scène pour observer les mutations et dégradations des milieux qu’il fréquente. Et peut-être les défendre à sa façon. Pour les photographes nature par exemple, si beaucoup  respectent ce qui les fait vivre ou habille leur passion, peu relaient sur leurs sites et dans la narration de leurs pérégrinations, une forme d’engagement, d’écologie personnelle qui pourtant fait majoritairement défaut. Peu s’essaient aussi dans les expos sur les salons et ailleurs, à accompagner ce qu’ils montrent d’explications et de conseils sur les usages à respecter en nature et je ne suis pas sure que le rapprochement avec les institutions telles que la LPO ou le CORA par exemple, soient légion.

Personnellement, et bien que n’étant pas exemplaire sur ce point, j’essaie que mes images soient le reflet  d’une beauté et d’une histoire à raconter : celle de ce qui nous environne dans un sens large, puisque j’évolue aussi énormément en milieu urbain. J’essaie aussi de me rapprocher des associations qui bataillent sans relâche et parfois avec des moyens dérisoires pour protéger les sites toujours menacés par l’incivisme et la rapacité aussi de quelques uns. Je leur fait remonter les infos ou découvertes que je glane quand elles peuvent intéresser. Il me semble que c’est une façon de rendre un peu ce que ma passion me donne au centuple dans le bonheur toujours renouvelé de tracer un langage d’images multiples ; sans angélisme ni naïveté, je crois qu’ainsi le photographe peut devenir, entre autres,  un combattant pour la vie !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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