Un ami vaut mieux que deux tu l’auras….petite philosophie dans le boudoir….acte VI

Longtemps, j’ai ignoré ce que ce mot voulait dire. Ca a l’air tout simple pourtant. 3 petites voyelles, à accorder au féminin si l’on veut. C’est même devenu si je puis dire une denrée courante, puisque le net maintenant vous fabrique de ces trucs là à la pelle, j’y ai moi, environ 318 amis, pour le moment !

En louve solitaire, j’ai longtemps préféré le face-à-face avec moi-même. On n‘est jamais seul quand on a des idées et des envies, et que marchant le long des rues, on laisse l’imaginaire flotter et vous habiller de ses parures. Marchant donc le long des bois et des champs, des avenues prospères et des sentiers inacceptables, j’ai longtemps ignoré la coutume qui veut que l’on ait un ou une amie, de préférence, meilleur. Meilleur, c’est mieux !

Je pensais moi qu’en tout cas, mon meilleur ennemi ne pouvait être que moi-même et puis, il me semblait aussi que dans ce jeu relationnel là, l’autre, le « meilleur », n’était pris qu’au prorata de ce qu’il pouvait vous apporter. Ce qu’on pouvait lui apporter, ne comptait pas.

Je ne crois pas au jeu de l’équilibre relationnel, je dois l’avouer, et étant quelqu’un d’extrême et de passionné, je suis plutôt infréquentable, bien que très empathique, mais l’empathie ne se décide pas, elle émane assez spontanément de ceux que la vie a un peu frottés en revers, donc….c’est comme ça. Est-ce que ça fait de moi une potentielle amie pour d’autres ? Est-ce que je suis capable d’apporter quelque chose,  moi ? C’est sans doute la vraie question ?

En fait, en y pensant, je ne me suis jamais demandé qui de mon entourage pouvait bien jouer ce rôle-là. Ni si je représentais ça, moi, pour quelqu’un. Prenant des gens avant tout ce qu’ils sont, leur moelle substantifiquement offerte, ou, parfois, difficilement extrayable, comme un trésor caché dans sa châsse.

Le « parce que c’était lui, parce que c’était moi » de Montaigne me suffit assez. C’est une explication magnifique, et je n’ai pas besoin non plus que les sentiments échangés restent figés dans un marbre. Je préfère penser que, pareils à des plumes de rêves, ils continuent de voler ou se posent quelque part, laissant le champ à ce qui pourrait advenir. Et si je crois à la fidélité en amitié, je la préfère encore libre, légèrement friable, voire, poudreuse, parce qu’alors, elle reste malléable et capable de se  transformer, et autorise l’ami, meilleur ou pas, à changer….

J’ai compris aussi que ce lien magique reste comme un cordon, une onde magnétique d’amplitude majeure, que la distance n’affecte pas ; Ce qui abîme en revanche pouvant être l’obsession de retrouver absolument ce qui a été, en oubliant de regarder ce qui sera…..pourtant, rien de ce qui est vécu ne peut s’égarer, ça vous appartient à jamais et au chapitre des fabulations personnelles que chacun construit pour sa propre histoire, ces histoires là restent de poids, n’est-ce pas ?

Alors, à ce jeu de l’amour et du hasard, je préfère jouer sans y prendre garde ; libre de ne rien projeter, de ne pas bâtir de château en Espagne ni de plan sur la comète, libre de donner sans calculer, sans mesurer quoi que ce soit…..ce qui n’empêche pas d’être là, en mots en actes, quand l’ami a besoin de moi….l’ami, ou les amis, ou les non amis aimés pour eux, vous me suivez ?

Je suis sûre que oui …. !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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13 commentaires pour Un ami vaut mieux que deux tu l’auras….petite philosophie dans le boudoir….acte VI

  1. Antonio dit :

    3 petites voyelles et ben voyons ! … Que faites-vous du ‘aime’ au coeur même, qui sonne, qui résonne même ? …. m’aime, m’aime….. Car ami, amour c’est du pareil au « m’aimes-tu pour ce que je suis ? » … Combien parmi ces personnes chères se sont confondues en ces termes, en explications inextricables où seule la relation sexuelle venait départager comme une évidence, qui n’en était plus toujours une. L’amour est une denrée rare que le net ne saura compter et que chacun de nous ne saurait vivre sans compter dessus. L’amitié est une relation sentimentale dont la force nous pousse parfois à le changer de catégorie… des mots qui nous servent de repères de classification, relation, collègue, ami, amour, amoureux, amoureuse, mari, femme, maman, papa, famille etc.Quand chaque fois la teneur des sentiments venait brouiller ces classifications, dès l’enfance… « Mon meilleur meilleur des plus meilleurs amis », « mon frère de sang » et l’embrassade qui suivait en retenue, en gêne palpable, incapable d’exprimer ce sentiment fort qui nous bouleversait de peur de quiproquos,… « papa je t’aime », les mots s’étranglent et l’étreinte s’effondre en petite accolade.

    Qu’est-ce que l’on est bien dans votre boudoir, dites-donc… on se laisserait aller à philosopher toute la matinée sans voir l’heure passer !

    3 petites voyelles, je disais, un prétexte vous l’aurez compris, un point de départ, d’éparses pensées où mes mots s’épandent sur un sujet qui nous interroge tous sur les relations avec les autres et plus particulièrement ceux que l’on aime parce qu’ils vous aiment comme vous êtes… « comme le enfants qui s’aiment, simplement savent aimer… » pour reprendre Prévert.

    Merci pour cette petite fenêtre philosophique. Belle vue sur les toits des mots !

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    • Phédrienne dit :

      Bonsoir Antonio
      Je suis ravie que ce boudoir vous plaise, petite musique ténue et très personnelle dans l’immense toile du net…
      Henri Tachan chantait « entre l’amour et l’amitié, il n’y a qu’un lit de différence », et il avait tort, je crois, il y a tellement plus….ou tellement d’autres choses….à ne pas lister, cela ne servirait à rien, chacun pouvant écrire son propre chant.
      Cela dit, croyez-vous vraiment que je ne parle pas d’aimer dans cet écrit ? Aimer d’amitié, est-ce vraiment posséder pour soi seul, s’étrangler de mots rares, est-ce que ça ne pourrait pas être, comme toute forme d’amour peut-être en quintessence : pars, tu es libre et moi, je continue à savoir que tu es là et je sais te regarder, sans vouloir t’emprisonner ? Je reste là pour toi….C’est une question, et délicate…peut-être un chemin à trouver, qui sait moins partager que celui qui aime, quelle que soit sa façon d’aimer, qui sait vraiment s’abstenir de chercher un reflet de lui dans le miroir de l’ami (e) ? Qui sait rester présent à l’autre en cas de tempête, aime-t’on l’ami pour lui…ou pour soi ?
      Juste des questions, je n’ai pas de réponse à donner 🙂
      Merci à vous !

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      • Antonio dit :

        Il n’y a aucun doute que vous parlez d’aimer dans ce billet, je profitais que vous omettiez involontairement la consonne du mot ami, sous l’expression « 3 voyelles », pour rebondir sur le sujet et m’envoler littéralement avec.
        Cela dit, je ne fais pas de différence entre les termes amour et l’amitié parce qu’ils me semblent fausser la valeur réelle des sentiments. Je les utilise comme des codes de société pour rassurer. Aimer quelqu’un est une chose, vivre avec en est une autre. Éprouver un sentiment incontrôlable au point de tomber dans ses bras, de ne plus vouloir le/la quitter, cela se passe dès l’enfance avec son meilleur copain, sa meilleure copine. Donc pour moi vos questions se posent aussi bien pour votre ami que votre amoureux. Pourquoi les aime-t-on ? … Difficile d’y répondre brièvement même si ce n’est pas l’envie qui manque de tartiner encore 🙂

        Au prochain rendez-vous dans ce boudoir !

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  2. Manduleen dit :

    Moi je te suis, complètement… en fait, quand je te lis, je me retrouve souvent… on doit se ressembler un peu.

    Cette faculté d’entretenir (ou pas justement) des « amitiés » poudreuses… ça déstabilise beaucoup de personnes. Moi je suis comme ça. Mes amis (parce que j’utilise quand même ce mot, même si souvent je ne le définie pas comme les autres) savent qu’ils peuvent revenir 5 ans voire 10 ans après… je serai là pour eux, nous reprendrons nos discussions et délires comme si le temps n’existait pas. Le temps, c’est quoi ? Une sensation, il ne passe pas à la même vitesse pour tous de toute façon. Il ne passe pas à la même vitesse selon notre humeur et ce que nous faisons, c’est relatif comme disait Einstein. Les bons moments sont toujours trop courts, les mauvais trop longs… Pour peu qu’on recrée une ambiance, parce que j’associe les personnes à des sensations, des odeurs, des sons, des lumières… alors le retour au dernier moment partagé est facile… Et peu importe ce qui c’est passé pendant ces années, on est là pour nous, pas pour ce que nous n’avons pas partagé.

    Ami, meilleur ami ? Bah, j’ai des personnes auxquelles je tiens, un peu, beaucoup, passionnément parfois… des personne auprès de qui je me sens bien, je me sens moi. Pour certaines d’entre elles, je les écoute, je prends soin d’elles… et avec d’autre c’est l’inverse, je reçois sans rien donner en retour… peu importe. Chacun y trouve ce qu’il cherche, la « réciprocité », pourquoi ? Elle n’est pas toujours recherchée, pourquoi l’imposer comme pilier d’une relation ?

    Voilà, j’arrête là mon petit moment philosophique, ça fait du bien entre deux corbeilles de linges et deux « ça suffit » aux enfants vacanciers désœuvrés…

    Mais un de ces 4, faudrait qu’on partage un chocolat au coin du feu ^^

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    • Phédrienne dit :

      Bonsoir Manduleen
      J’ai constaté aussi à différentes reprises que nous avions plusieurs affinités électives 
      J’aime beaucoup le passage de ta réponse sur les odeurs , les couleurs associées aux gens qu’on aime ou apprécie, lien des sens et du sens que Proust a si bien sur imager, et qui reste noué longtemps. Tout comme toi, je sais poser en suspens une conversation, un projet…et le rependre 20 ans plus tard ou non ; Et j’aime ce « ou non « gage de la liberté d’autrui qui peut se déprendre ou se reprendre comme il veut dans ce « jeu relationnel »…
      Et je suis très partante pour le chocolat !
      Amitiés à toi

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      • Manduleen dit :

        Je me suis rendu compte que c’est justement cette liberté qui fait toute la force de ce que l’on ressent. Je n’appartiens à personne et personne ne m’appartient. Et c’est ce constat qui fait que je continue de vibrer. Sans parler de « peur de perdre »… perdre quoi ? On ne perd que ce que l’on possède ou ce qui nous possède… mais plutôt la certitude rassurante d’être là comme un port au fond d’une crique… un port où l’ami longtemps parti en voyage a envie de revenir, parce que justement, quelque part, ce lieu est là, sa place aussi, sa place qui l’attend… sans attendre, sans jugement, sans reproche pour l’absence et le silence. Une place à sa disposition dont il peut disposer à sa guise, en fonction des vents et marées.

        Mais c’est vrai, le dernier ami que j’ai laissé partir voguer à mille lieux d’ici… j’ai mis un moment à comprendre que loin d’être une séparation, c’était au contraire un lien encore plus fort que la présence… je suis, dans l’ombre et le silence, un port, où il reviendra après avoir bravé des tempêtes ou pas… mais je continue d’exister, avec ou sans lui, par ce simple constat. Et s’il revient un jour, alors ça sera une grande fête. Sinon, d’autre viendront peut-être s’amarrer ici quelque temps, et la vie se poursuivra.

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  3. Phédrienne dit :

    Antonio
    Des envols de tartines, quel beau programme ! N’hésitez pas !:)

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  4. Oui, je te suis, j’adhère et j’adore, comme toujours…
    Envie de reprendre quelques citations, je les garde pour le prochain billet car le tien est si riche qu’il m’en faudrait des heures…

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth,
      Merci pour ta lecture et j’ai hâte de voir ce que contient ton réservoir de citations personnel 🙂 !

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      • Oh, il est bien étendu 😀
        Mais je voulais citer les passages de ton article que j’ai tant aimé, juste, je n’étais pas très inspirée tard dans la nuit.
        Je ferai mieux le prochaine fois 😀

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  5. Phédrienne dit :

    Manduleen,
    Je suis comme toi, plutôt bateau que port, encore que… 🙂 ! Merci pour ces mots.Cet ami a beaucoup de chance !

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  6. Anne dit :

    50 ans, même. Parfois, je viens te lire et te regarder. C’est un bonheur bouleversant, un miracle, de voir que tu es là, inchangée.

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