Quand l’écriture touche à l’intime des êtres, accompagner en écriture, le respect de l’autre, le non franchissement des limites

Depuis quelques temps, mon activité de rédactrice s’est complétée presqu’à mon esprit défendant d’un accompagnement à l’écriture ; non que je prétende au rôle du coach professionnel dont je n’ai pas la formation de base, même si j’ai exercé la profession de formatrice pour adultes. Mais la  profession de rédacteur correcteur ne saurait s’arrêter aux frontières du syntaxique, de l’orthographique  et du lexical. Lorsqu’elle bute sur une difficulté d’écriture, un nœud verbal qui cachent presque toujours  une difficulté à concevoir, à expliquer ce que soi-même on ne perçoit qu’insuffisamment, on atteint à une autre dimension :

Je te lis et en te lisant, je te regarde presque malgré moi à l‘intérieur. Là,  où tes rouages de pensée et ton langage s’organisent sur un bagage, mais aussi une histoire et des émotions ; comprendre comment tu écrits, ce serait  comprendre quasiment de quoi tu es fait, comment fonctionnent ta sensibilité, tes affects. Tes répétitions, tes dérobades littéraires, une certaine forme d’alambiquage ou de préciosité, des formules lapidaires, dévoilent ou dérobent (et dérobent ?) une partie très intime de toi.  Sans compter le poids des inconscients collectifs qui pèsent sur l’écriture, censée être le fait de quelques-uns, dès lors qu’elle se structure, se police et surtout se spécialise. L’écriture est un art précis autant qu’elle est, ou devrait être, une liberté. Elle reste une signature unique même lorsqu’elle se borne à un usage professionnel, une commande, parfois, elle devient la vitrine d’un travail de longue haleine, redoutable challenge, où la forme doit impérativement se marier au fond pour convaincre, enseigner, voire, séduire….Comment ne pas douter alors de soi?

Comment ne pas saisir alors que, sous certaines difficultés à écrire, quels que soient les niveaux préalables de formation et d’instruction, se profilent  d’autres choses plus délicates à manier : l’image que l’on a de soi, la confiance ou l’indécision, la peur du jugement, de la non maîtrise. C’est là que le rôle de l’accompagnant en écriture, surtout lorsqu’il doit reformuler ou trancher, devient délicat et doit s’habiller du plus profond respect et d’une écoute aussi totale que possible, qui doit faire fi de ses propres convictions, tics d’écriture ou présupposés d’expertise. Là aussi, qu’il doit savoir se remettre en question, ne pas outrepasser son domaine, ne pas se substituer à celui qui écrit, et disparaître quand il le faut !  Et alors, seulement, certains verrous peuvent sauter et l’écriture couler plus fluide.

Un exercice difficile, qui à mon sens, doit se peaufiner et se réévaluer sans cesse, s’adapter au profil particulier de la personne accompagnée, dans une relation de confiance distanciée.

Ce travail, infiniment riche et complexe, est passionnant : il oblige l’intervenant et il m’oblige en tout cas, à sortir du lien client prestataire pour investir un pôle d’altérité et d’échange, où cependant la finalité du travail ne se dilue jamais, ni la poursuite d’un objectif particulier ; une alchimie qui, aux côtés de mes autres pôles d’écriture, fait que mon métier reste fascinant, quel que soit le domaine qu’il investit, tout en  me forçant  à rester dans une humilité sans failles, où jamais ma place n’occulte celle de la personne qui me donne sa confiance…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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15 commentaires pour Quand l’écriture touche à l’intime des êtres, accompagner en écriture, le respect de l’autre, le non franchissement des limites

  1. Manduleen dit :

    Une fois de plus, je reste à te lire, persuadée qu’on s’entendrait si on se croisait.
    Depuis quelques semaines maintenant, je suis allée chercher quelques avis extérieurs sur un récit que je suis en train de faire naître tranquillement. Mais bien souvent, les intervenants sont trop incisifs et ne font pas ta démarche d’essayer de respecter ce que je suis et le « comment j’écris ». Bien entendu, il y a des choses constructives (et heureusement), sur l’histoire elle même, sur des erreurs de narration… mais mon style, stop, on n’y touche pas ! Mon style, c’est moi, c’est mon âme. Si j’insiste sur certaines scènes, sur certaines répétitions rhétoriques… respectez bon sang.

    Bref, j’ai mis longtemps à aller voir ailleurs, car justement je ne supportais pas que l’on touche à mon « âme » de cette façon, qu’on se permette de juger ma façon d’extérioriser mes émotions. Et puis, j’ai grandi. Je prends aujourd’hui ce qu’il y a à prendre, et je laisse le reste.

    Quoi qu’il en soit, je serais ravie de voir avec toi si tu serais intéressée un jour (quand il sera avancé) pour m’aider à revoir mon récit.

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Manduleen
      Ta proposition de se retrouver autour d’un chocolat chaud me parle toujours ! Et sera un bon préambule pour voir tes besoins…je pars quelques jours à Paris, mais après c’est possible !
      Amitiés!

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      • Manduleen dit :

        J’ai malheureusement moins de temps depuis que je suis repartie gagner ma croute en salariat… mais bon, le côté « pratique » de la vie passe momentanément devant le côté plus artistique. Il faudra tout de même se trouver un moment ^^

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      • Phédrienne dit :

        Je compte sur toi 🙂

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  2. Magnifique, cette analyse de tout ce que le phénomène d’écrire englobe, cache, révèle.
    Tu dois être une belle accompagnatrice…
    Je me permets une remarque personnelle, je m’y retrouve totalement car j’exerce mon « métier » dans ce sens et je nomme cela : « savoir s’effacer pour laisser à l’Autre la place d’exister ».

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth,
      Je suis en tout cas une personne convaincue de la nécessité de prendre soin des autres ! Et je te rejoins sur ta remarque personnelle: c’est d’ailleurs ce que la formule,  » il doit savoir disparaître quand il le faut » soulignait à sa façon 🙂
      Merci à toi

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  3. Antonio dit :

    L’écriture, à mon sens, doit devenir un geste naturel qui vient de notre corps, un élan, une émotion, un pas, d’une marche ou d’une danse, un geste qui nous ressemble et qui ne cherche pas à copier l’autre. Tout le monde ne marche pas droit, ne rie pas, n’éternue pas, ne parle pas de la même façon, chaque geste a son accent.
    Tout l’art de l’accompagnateur est d’observer, de connaître ce corps pour l’aider à placer son geste, trouver son style… ce que je perçois dans votre réflexion mûre et personnelle que je trouve très séduisante.

    Pour ma part, j’écris comme je le sens, comme quand je jouais au tennis, avec un coup droit à faire hérisser les cheveux d’un coach, mais avec le seul but que la balle passe de l’autre côté et que je prenne du plaisir à jouer. Le geste s’adapte, un style s’installe et on gagne des matchs même si on ne sera jamais un champion.

    Est-ce que vous jouez au tennis Phédrienne ? 🙂

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Antonio
      Merci pour cette réponse construite et percutante.
      Je ne suis ni une experte ni une rigoriste de l’écriture et je m’autorise bien des fois des licences qui feraient hurler des puristes (comme créer mes propres mots lorsqu’aucun des mots convenus ne convient !). Néanmoins, je m’efforce à ce que j’appelle une rigueur de stricte politesse envers ceux qui me lisent et qui méritent à mon sens que je fasse attention à ce que j’écrits, tout en restant libre et complète dans ce que je dis. C’est aussi ce que j’essaie de « transmettre » avec vigilance et soin.
      Vous avez raison de souligner l’importance d’écrire d’une façon qui vous corresponde et échappe aux stéréotypes. Ecrire en gardant le plaisir de le faire est essentiel : néanmoins, l‘écriture est un jeu à deux, puisqu’on écrit aussi pour être lu, avec une ou plusieurs intentions, conscientes ou pas. Ce qui n’aboutit pas à un conformisme, à une écriture complaisante, mais peut amener parfois à se poser certaines questions, et à accepter aussi de n’être pas compris, de déranger, ou simplement, de ne pas plaire, etc… Donc, dans ce processus passionnant et entier, chacun joue de ses petits outils personnels…et c’est ce que j’essaie d’aider à faire, trouver ses outils…
      Je ne joue pas au tennis, (mais certains de mes amis me disent que ma parole résonne comme une balle de ping pong !), et ne gagne pas de match au tournoi de l’écriture ! Mais un plaisir immense et violent à faire ce qu’il me serait de toute façon impossible de ne pas faire …:)
      Amitiés

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      • Antonio dit :

        Mais je vous rejoins tout à fait !
        Sauf que je vous déconseille de jouer au tennis avec une balle de ping pong. Tant pis, je vais ranger mes raquettes et mes allégories 🙂
        Votre approche est tout à fait juste et pertinente. Tant que vous ne dissocierez pas la personne, avec son potentiel créatif, ce qu’elle est et l’Ecriture, matière première, riche et passionnante à se plonger dans la langue française sous toutes ses formes, alors vous êtes sur la bonne voie, à mon humble avis.

        L’important c’est de permettre à tous de s’exprimer, d’y trouver du plaisir, de préserver cet élan, cette envie. Dans un second temps lui montrer que les techniques de l’écriture, de la musique ou autre forme artistique lui offrent un potentiel qui peut sublimer cette envie.

        Au plaisir d’échanger avec vous, votre démarche et votre parcours m’intéressent beaucoup.
        Amicalement.

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  4. Phédrienne dit :

    Ce sera avec grand plaisir, Antonio !
    Amitiés à vous

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  5. Magnifico análisis del proceso de escribir. Me gusta mucho cuando dices que « la escritura es un arte preciso en tanto que ella es o debería ser una (forma de) libertad », El corrector de estilo y « el acompañamiento » a la escritura me parece que, en si, son trabajos basados en el cuidado del otro a fin de llevar a buen término la difícil tarea de la escritura..En mi opinión es como llevar de la mano, con sumo cuidado y cariño, el trabajo de otro. Generoso y precioso quehacer que entraña dificultad, amor y paciencia.
    La escritura es mi otra gran pasión. Quiero empezar a subir en el Blog algunos escritos míos en clave de humor. El humor nos hace falta en estos tiempos difíciles y desalentadores.¡Que no falten el humor y la sonrisa al menos! Un abrazo.

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    • Phédrienne dit :

      ¡ Tienes decididamente todos los talentos reunidos en una persona, la creatividad, el humor, la imaginación y la división(reparto)! ¡ Espero con impaciencia tus nuevos escritos!

      Tu as décidément tous les talents réunis en une personne, la créativité, l’humour, l’imagination et le partage ! J’attends avec impatience tes nouveaux écrits ! 🙂

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  6. Oh mon Dieu ! C’est ne pas moi. Tu es sûre? Un millón de gracias, espero no defraudarte. Un abrazo grande a distancia.

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