Les étiquettes qui collent aux doigts….petite philosophie du boudoir, acte X !

Avez-vous remarqué que nous vivons dans un monde d’étiquettes ? Où tout est consigné, calibré, noté, code-barré, même faussement d’ailleurs !

Comme des conserves en rayons, nous n’y échappons guère vous et moi. Mais, au-delà du poncif, j’aimerais bien qu’on s’attarde sur cet épineux problème, qui me pose à moi, beaucoup de soucis, parce que j’ai le toupet de me prétendre photographe, aussi bien qu’auteur et rédacteur, et de ne vouloir me spécialiser en rien ! Aïe ! Le vilain mot est lâché ! Ne se spécialiser en rien, c’est forcément vouloir bâcler toutes choses, aborder en dilettante les rivages risqués de la création, faire preuve d’amateurisme et de mauvaises manières !  Et dans un monde où il faut être visible et traçable, prendre le risque de donner de soi une figure on ne peut plus floue !

Les siècles passés étaient sur ce point moins conformistes, personne ne  semblant s’offusquer par exemple qu’un Victor Hugo cumule si je puis dire les mandats, tour à tour poète, romancier, dessinateur de génie, homme politique et j’en passe. Mais nous, qui pourtant ne défendons guère un monde raisonnable par beaucoup de côtés, nous nous sommes habitués (mots-clefs et nomenclature obligent) à parquer les statuts et compétences, et à faire entrer dans un code NAF la substantifique moelle productive de nos concitoyens. Oui, mais voilà, tout système a ses trublions, ses réfractaires, et ses hors jeu. Dans ce prêt-à-porter du jugement et de l’estimation d’autrui, les costumes tout faits ne vont pas à tout le monde.

C’est mon cas, je vous l’avoue, et dans ce jeu d’étiquetage et d’identification, j’ai dû, je dois livrer une dure bataille avec l’administration et mes contemporains ; ayant une activité qui n’existe pas en l’état (on est soit rédacteur, soit photographe, soit écrivain), et qui est d’autant plus suspecte qu’elle n’est pas sanctionnée par un cursus ou des diplômes.

Aussi, après un ballet houleux entre la SACD, les Agessa, l’URSSAF (dont je vous recommande chaudement les petits box d’accueil coquets et le personnel souriant), j’ai fini au bout de deux ans par obtenir un code d’une précision mathématique, puisqu’il se définit ainsi « autres activités artistiques » ! On admirera au passage l’imagination fertile du fonctionnaire qui a traité mon dossier !

Je passe évidemment sur les commentaires qui accompagnent généralement ces métiers dits saltimbanques :

– ah, c’est bien, vous écrivez ! Et votre métier, alors, c’est quoi ?

– Ouais, c’est bien joli tout ça, mais faut rien avoir de mieux à faire !

– Ah ben, z’êtes un truc comme écrivain public, non ?  Une sorte de scribe ?

– Et votre mari, il fait quoi ?

– Vous faites les mariages ? Parce que mon beau frère il se marie bientôt!

– Ca sert à rien photographe, tout le monde a un portable de nos jours!

– Vous voulez voir les photos de mon chien ?

Qui rappellent à qui veut l’entendre, combien les professions dites intellectuelles ou artistiques bénéficient d’une aura positive dans notre hexagone !

Ce long aparté refermé, reste posé le problème de ces baptêmes codés, certes destinés à ordonnancer les choses dans un but simplificateur, mais qui finissent par profiler un vrai monde de dystopie, un enfer kafkaïen, où les hors-normes risquent fort de rester écartelés entre plusieurs tiroirs, et de ne rentrer dans aucun !

Comme tout est symbole dans ce monde, j’ai tendance à penser que  celui-ci va bien au-delà de l’anecdote ! Qu’en pensez-vous ?

Cela étant, j’ai décidé de tirer de ma propre étiquette hasardeuse, le meilleur côté : après tout, dans ce « autres activité », entre aussi une très grande liberté ! Profitons-en !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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12 commentaires pour Les étiquettes qui collent aux doigts….petite philosophie du boudoir, acte X !

  1. Je pense que dans ce monde, plus que jamais codifié où nous sommes tous des numéros et des créatures prévues de rentrer dans un moule, voire dans un lit de Procuste, il est plus que jamais urgent de maintenir sa différence.
    Comme disait Krishnamurti : « ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être adapté à cette société malade ».
    Alors, vis ta vie des « autres activités artistiques » et au diable les étiquettes

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth
      Merci pour ce rappel culturel riche et bienvenu ! Comme l’exprime si bien Spirale 23 dans ses écrits que tu lis aussi, n’est pas adapté qui veut et pour ma part, sans avoir la volonté de me démarquer à tout prix, je n’ai jamais su m’insérer dans un système. J’en suis tout bonnement incapable et ai appris à l’accepter, mieux, à transformer ça en essayant de trouver un milieu : ne pas grandir ni contre, ni avec les autres, mais à côté !
      Amitiés Elisabeth

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      • Oui, je lis le blog de Spirale et j’ai du lui répondre à peu près la même chose 😀
        Très belle ta définition de la position que tu as adoptée, nous ne pouvons changer le système qu’en étant à l’intérieur.
        Encore une citation (de je ne sais pas qui) : « je suis dans ce monde mais pas de ce monde ».
        Cela me fait penser que tu dois avoir un Mat du Tarot très fort chez toi. Rassure toi, c’est une très bonne chose même si difficile à vivre.
        Amitiés

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth
      Je te réponds ici, ne pouvant le faire derrière ta dernière réponse (pour laquelle je te remercie). Honnêtement cela m’a pris très longtemps pour comprendre que , contrairement à ce que j’ai entendu toute mon enfance (décidément elle st bizarre, t’es pas comme nous etc), ce que j’étais avait sa place dans une vie 🙂 ! Peux-tu m’expliquer pour le tarot, SVP ? Je n’y connais rien 🙂 !
      Merci !

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      • Ce n’est jamais facile d’être différent, surtout quand on est enfant et on a besoin de l’approbation pour se sentir en sécurité.
        Heureusement, ta forte personnalité t’a permis de grandir et trouver ta place.
        Pour le Tarot, c’est une déformation professionnelle, désolée, pas pu m’en empêcher 😀
        La Mat est la dernière Lame, la fin de l’initiation, ainsi qu’une sorte de joker. Il représente un personnage libre de tout entrave, qui va son chemin, sans se préoccuper de l’opinion de l’autre et ouvre des nouvelles voies.
        C’est une sorte de fou du roi ou bien, fou devant le monde mais sage devant l’Eternel.
        Tu m’y as fait penser, la description est très réduite mais je crois que tu t’y reconnaîtras 😀

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  2. Bienvenue au club Colette ! Codifiée comme moi dans le régime des auteurs 9003B « Autres activités artistiques ». Moi, ça me convient tout à fait et je vois que toi aussi ce qui ne m’étonne pas.
    C’est pratique les codes, les classifications, les cases. Ça rassure, ça permet de suivre les évolutions dans telle ou telle catégorie professionnelle, de faire de belles courbes statistiques, des tableaux avec de jolies couleurs, et ce n’est pas prêt de s’arranger de ce côté ci.
    … et vive la création !

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  3. Phédrienne dit :

    Pour Elisabeth
    Oui, je m’y reconnais , c’est en effet cela, tu es une fine lectrice, madame !
    Merci pour ces précisions.

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  4. Phédrienne dit :

    Pour Elisabeth
    Tu as tout le temps du monde ! Tu as juste excité ma curiosité !

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