Attention, un train peut en cacher un autre !

Moi, j’aime bien les trains et en emprunte souvent. Dès que je sors des grandes lignes et de leur banalité tgvesque, je retrouve le charme suranné et l’ambiance des lents voyages d’autrefois, où partir en Bretagne par un train de nuit compartimenté avait des allures de roman d’Agatha Christie. Franchir dans les longs couloirs étroits les amoncellements de bagage, observer derrière les rideaux jaunes et huileux des fenêtres les profils pas toujours avantageux des voyageurs était une invitation au voyage ; sans parler de la voix même des trains, ces longs chants rythmés et plaintifs lancés au cœur des nuits noires, aussi aigues et nostalgiques que des chants de baleines perdus dans l’océan. Ce que pouvaient se raconter les trains au milieu des tunnels, et vers qui partaient ces immenses cris, je ne l’ai jamais su….J’ai toujours eu plaisir en tout cas, à me raconter des histoires imaginaires : qu’est-ce que la petite dame rabougrie transporte donc dans son énorme sac damassé : la tête coupée de son mari, une baguette de sorcière ou un ouvrage de dame ?

Et ce grand type là-bas avec son nez fariné et sa bouche comme une coupure ? Est-il réellement en train d’écouter de la musique ou espionne-t’il avec ses écouteurs des ondes lointaines ?

Suivant du regard la silhouette faussement anonyme d’une femme opulente et lasse, je la suis aussi par l’imagination dans son retour vers une maison perdue, lugubre retraite du mal ou logis féérique, dans lequel, soudain métamorphosée, elle révéle sa vraie identité…. On ne s’ennuie jamais en train, encore qu’il ait perdu beaucoup de sa magie depuis que les portables l’envahissent…

J’aime les trains qui vous rappellent aussi, sautant hors de la ville, que la campagne existe encore ! Que champs et forêts alignent leurs silhouettes et leurs horizons infinis, que l’aventure guette ! Et vous mettent en attente et en observation active ! J’aime les trains et leurs promesses, jamais tenues. Leurs contrôleurs hors du temps dans leur uniforme désuet  et l’absurdité de leurs horaires.

J’aime y avoir peur, quand voyageant de nuit, je me retrouve seule dans un compartiment désert et que le moindre bruit me fait sursauter ! Quand des branches cinglantes apposent une brève seconde leurs bras menaçants le long des fenêtres et quand la pluie y dessine ses fins réseaux.

J’aime aussi leur côté ubuesque ou kafkaïen. Comme le train d’hier soir qui me ramenait de Modane et qui, par un tour de passe-passe a subitement changé de nom à Chambéry, où il était sa propre correspondance vers Lyon !   Descendue à la hâte de  ma place douillette, je n’ai plus eu qu’à y remonter vivement pour ne pas rester en rade.

J’aime les salles des pas perdus et les quais où ce sont souvent les âmes qui se perdent. Et le rêve que poursuivent, infatigables, les voyageurs….

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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10 commentaires pour Attention, un train peut en cacher un autre !

  1. Françoise dit :

    j’adore ce petit moment d’évasion à lire tes billets poétiques …. celui-ci me parle, pardon m’emmène sur les rails de traverse . Et puis j’ai toujours adoré l’appellation: salle des pas perdus ;o)

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  2. Antonio dit :

    C’est vrai qu’il y avait quelque chose d’unique dans ces trains, dans ces gares, des émotions, une atmosphère, la sensation d’une histoire qui s’écrit sur les lignes de chemin de fer, comme un livre ouvert, celui d’un voyage, d’une aventure que l’on dévore de tous nos sens, ces gens qui se bousculent ou qui ruminent sur leurs sièges, ces cris de sirènes ou d’alarme d’enfants impatients ou trop enjoués, ces odeurs de casse-croûte et de machine, qui descend là ? et pourquoi ? On l’attend sur le quai ou pas, il est heureux ou pas, le train repart, on regarde sa montre, plus que trois heures, comme un film à écran extensible, un décor changeant et pourtant semblable, des montagnes, des routes, des maisons, des routes, des montagnes, un lac, des maisons, la même route, la même voiture qui fait la course, la même montagne qui trop loin bouge à peine, et cette maison perdue au milieu de nulle part, qui peut bien habiter là ? les pauvres ! On s’enthousiasme de notre destination qui s’approche à grands pas, qu’est-ce qui nous attend, un bout d’histoire de notre vie va se dérouler là-bas, des vacances, des retrouvailles, une découverte, un futur amour insoupçonnable… Ecrire comme on prend le train, prendre le train de l’écriture d’une seule traite, une seule phrase ou avec quelques arrêts, trouver un rythme entre chaque virgule, l’idée m’interpelle par ce billet.composté avec nostalgie et qui m’emmène dans ce train de pensée.

    Merci pour ce joli voyage ! 🙂

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  3. Je regrette aussi ces trains d’autrefois, je déplore l’anonymat des TGV lugubres et climatisés et comme toi, j’aime à me faire des films sur les passagers.
    Des trains mythiques, que l’on ne voit que dans les films…
    Alors, tu aimes à te faire peur ? 😀
    Merci, Colette pour la douce nostalgie de ce voyage.

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  4. Phédrienne dit :

    Pour Elisabeth
    Et oui !!!! je suis une vieille enfant qui court après les nuages ! Tendresses aussi !

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