Pourquoi avons-nous peur de dire je t’aime…petite philosophie du boudoir acte XVI

Dans le téléphone, sa voix se brise et peine : elle est loin, elle a peur, une terreur noire qui délite à l’instant ses défenses. Elle redevient petite ; l’enfant que j’ai bercée et accompagnée tout au long de sa maladie, l’enfant pour qui le diagnostic n’a jamais été posé ; l’enfant que j’ai failli perdre, mais qui par le miracle de sa propre volonté et par ma propre volonté farouche, est là.  Je vous pose ce cadre, tellement intime, non pour exposer en impudeur les contreforts de ma vie ; mais parce qu’on ne peut pas parler d’amour en légèreté, pas poser des concepts qui n’aient pas pris corps, racine au plus profond de vous ; parce que l’expérimentation de l’amour est une chose tellurique, ravageuse, une prison paradoxalement libératrice, parce que si ça, cette plongée là dans l’autre ne vous révèle rien, alors, il vaut mieux se taire. Se taire plutôt que d’user de poncifs, de bien-pensance, de mots tout faits…

Il y a tellement de façons d’aimer qu’aucun manuel, aucun dictionnaire ne saurait les lister, tellement d’inconnus, d’irrationalité que même  les neurosciences s’y cassent les dents. Il n’y  a pas d’élixir, et pas de contrepoison non plus, heureusement ! Heureusement, parce que c’est un territoire d’extrême liberté….à l’indessinable cartographie.

J’ai appris à aimer, j’apprends encore cette matière là qui pourtant ne s’enseigne pas ; ce sont les autres qui me l’ont appris. Les autres, mes doubles méconnus, mes incompréhensibles contemporains ; tiens, c’est pourtant drôle, l’avez-vous remarqué, on n‘a pas besoin de comprendre pour aimer, on n‘a pas besoin de savoir. C’est comme ça. On a juste, (j’ai eu juste ?) besoin de laisser glisser, de faire lâcher prise à nos peurs, à nos rétentions émotionnelles, à nos intérieures prisons, à nos bêtises ; à la drôle d’incohérence qui fait que, alors que nous étalons complaisamment nos vies à longueur d’ondes,  la sincérité de nos mots donnés à l’autre nous pose question ; que la plupart du temps nous éludons par une plaisanterie, voire un mensonge, ce qui nous creuse et nous tutore, l’amour !

Que ce mot donné à tort et à travers sans conscientisation ni émotion vraie, nous le refusons aux heures cruciales, quand l’autre attend  de nous cette mini rédemption.

Je  t’aime, et c’est ce qui fait de moi un être vivant et plein. Je t’aime sans raison, et sans aucune loi, je n’ai pas besoin d’un contrat marqué à l’encre de la loi, je n’ai pas même besoin que cela soit pérenne, cela est ! Et partant, même si cela semble ne pas être le moment, que tu es loin sur ce trottoir et brisée de douleurs, que ma peur pour toi frise l’indécence, que puis-je d’autre et de mieux que de laisser sortir ce mot si pur ? Même si tu ne peux pas l’entendre ou le prendre, même si,  semblable à un boomerang indocile, il refuse de revenir vers moi et de me donner une assurance, même s’il n ‘est pas payé de retour….Pourquoi avons-nous peur de ce qui nous fait être pareil à personne, et pareillement humains ?

Alors, même si ma raison va rependre les guides tout à l’heure, pour pouvoir t’aider, même si le travail, le fracas de la ville, le quotidien qui n‘est là que tant qu’on lui laisse la place, vont revenir à ma conscience, laisse-moi, Ô laisse-moi te dire, avec tout mon être entier et sincère ce petit mot là, vers toi, porté :

Je  t’aime.

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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7 commentaires pour Pourquoi avons-nous peur de dire je t’aime…petite philosophie du boudoir acte XVI

  1. Magnifique, je ne trouve pas de mots qui puissent dire mon émotion…

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  2. Antonio dit :

    Peut-être n’est-il pas aisé pour un coeur de manier un tel explosif sans se brûler les mains. Pourtant s’il le lâche avec la même sincérité que vous le faites ici que risque-t-il si ce n’est un beau feu sans artifices dans le ciel de celui qui le reçoit ?
    Répondre à votre question, n’est-ce pas être du côté de la raison que l’amour justement ignore ?Et c’est ça qui est beau, au fond, non ?… comme votre texte.

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Antonio
      Je ne vous l’apprendrais pas, n’est-ce pas, mais il y a des questions qui n’appellent en effet pas de réponse, juste des actes….:)
      Mes amitiés

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  3. RvB dit :

    J’ai beau torturer mon clavier, qui n’a pourtant rien fait, c’est l’effacement et l’oubli qui attendait chacune de mes vaines tentatives d’exprimer en mots les émotions qui m’ont parcourues lors de cette lecture.
    Ce qui se dit difficilement ailleurs s’entend ici clairement.
    Amitiés.

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