De la musique avant toute chose! Petite philosophie du boudoir acte XVIII

Il n’y  a jamais de rencontre anodine avec l’art, avec les émotions. Rien non plus qui remplace la confrontation avec une œuvre sur place. Dimensions et matières, sublimation de la lumière éclairant des aplats de peinture, des lignes sculptées, ombres de corps dansants, respiration des instruments et des virtuoses.

J’ai de tout cela une approche animale, brute, totalement autodidacte, voire, inculte ! Chez moi, petite, l’art musical n’avait sa place que sur une chaîne stéréo qui diffusait rarement autre chose que du Beethoven, Picasso était un fou qui dessinait des choses bizarres, et quant à lire, mieux valait prendre pied dans la « vraie » vie, que s’égarer au long des rimes et des fictions, qui m’habitaient ; ce n’est qu’aux fruits conjugués du hasard et de la curiosité, que j’ai fini quand même par rencontrer la musique, timidement. Chez une amie d’école dont le piano majestueux, monstre inconnu et bizarroïde, ornait le salon. A l’école ensuite, où la porte ouverte entre deux classes, offrait à nos incultes oreilles, une fois par semaine, les sons déferlants d’harmonies classiques. A Notre Dame ensuite, où adolescente déjantée, j’allais quérir le chant ronflant et transcendant des orgues le dimanche matin. Puis aux concerts Pleyel, quand je le pouvais….  Ajoutées à cela, d’autres musiques bancales et vivaces me heurtaient le cœur et cognaient à la porte de mon esprit : hard rock, métal, jazz, musiques latines, afro cubaines, africaines, chansons à texte, tout un flot de couleurs hétéroclites, anarchiques, qui me transportaient de leurs teintes et de leur flux !

J’ai découvert, avec une fascination proche de la sublimation, et sans plus chercher à réfléchir ni à comprendre,  ce que c’est qu’être transpercée par un instrument vibrant sous les doigts,  le souffle, faisant corps en ballet hypnotique avec l’artiste. Vibrations étreignant tout l’espace, écartant les pans des murs, franchissant  toutes les barrières jusqu’à la mise à nu, totale ! Pleurs de silence devant une toile quand l’unisson des teintes parle, et qu’avec son implicite langage, elle vous saisit !

Je n’ai jamais goûté le verbiage, le discours docte et ampoulé qui vous susurre aux oreilles les ficelles techniques de telle composition savante ; non que je veuille demeurer ignorante, moi que la beauté d’une partition inintelligible pour ma crasse ignorance fracasse !  Mais parce que j’attends tout autre chose…comme à ce concert entendu récemment Salle Molière à Lyon, où, au milieu d’une brillante interprétation de Schumann, l’artiste, Andreas Steier, dans son impeccable et sobre costume sombre, et avec un léger accent craquant, s’est levé ! Appuyé d’une main sur le vénérable instrument  qu’il faisait sonner sous ses doigts la seconde d’avant, il est venu nous parler du contexte de l’œuvre et surtout, de l’âme du musicien qui l’avait composée ; du musicien, de ses hantises et de ses peurs. Avant de conclure dans un sourire léger : n’essayez pas trop de réfléchir, écoutez !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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7 commentaires pour De la musique avant toute chose! Petite philosophie du boudoir acte XVIII

  1. Je préfère nettement ton approche que tu nommes « inculte » à des froides et savantes « dissections » d’une œuvre. L’art, cela se vit dans le cœur et dans les ventre, pas dans la tête…

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth
      Cela se vit sans doute d’autant de façons qu’il y a de gens,, l’essentiel étant comme toujours de trouver son propre jardin ! Je suis donc juste en partage d’émotions 🙂
      Amitiés, Elisabeth

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  2. RvB dit :

    Tu ne seras pas surprise de lire que je préfère les jardins sauvages, j’opte donc aussi pour l’approche inculte. La culture aidant, il est évidemment différentes harmoniques dans la compréhension d’une œuvre, quelle qu’elle soit…
    Et quel que soit le niveau envisagé, il enrichira le partage du moment qu’il était sincère.
    Merci pour ce partage, Colette.

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    • Phédrienne dit :

      Je ne suis pas dans l’anti culture, tu l’as compris! Juste dans le fait de ne pas me priver de quelque chose d’essentiel, à cause de ce qui pourrait me manquer, ce qui n’empêche jamais de chercher à connaître!

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      • RvB dit :

        Tout à fait, c’est bien ce que j’avais compris et sur quoi je te rejoins totalement ! (si toutefois ce n’était pas clair dans mon précédent message !)
        Amitiés !

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  3. Ah, la musique… À mon avis c’est l’expresión pure de l’art. Ton partage est delicieuse, là toi fuette, comme d’habitude, avec toute la grâce du monde, ici contrer « les savantes dissections »… Je suis avec toi! La musique est émotion pure.

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