Eloge de la paresse et de l’humour ….petite philosophie du boudoir acte XIX

Il y a une chose que la maladie et son temps d’immobilisation m’ont enfin appris (il était temps, je vous l’avoue !). C’est qu’en accompagnement de ma frénésie habituelle (je suis une lève tôt qui s’agite et bavarde dès qu’elle ouvre un œil !), je peux à volonté tourner le robinet du temps et lui faire adopter un régime lent, voire quasi immobile. Une fluidité où les choses soudain, loin de s’arrêter, prennent une résonance, une acuité incroyable !

J’ai grandi dans un milieu où la notion de devoir et de valeur du travail faisaient la loi ; Dois-je préciser que l’enfant que j’étais s’est rebellée de bon matin contre ce truc implacable, qu’on ne pouvait me justifier : à quoi bon se crever la paillasse et s’éreinter du matin au soir, pour un résultat au final assez maigre parfois ; et surtout, POURQUOI le faire ? Aucune des bonnes raisons qu’on m’a opposées ne m’a jamais convaincue (la bonne marche de la société, l’anti chaos, la solidarité, la bien pensence, la paie du mois), et s’il y a une fête que je trouve scandaleuse, c’est bien celle du travail, surtout lorsqu’elle en  réclame le droit ! Et puis quoi encore ?    Demandez le droit de vivre dignement, d’être heureux et en égalité de droits, oui ! Mais le droit de travailler, non mais ? Pourquoi pas le droit à l’esclavage pendant qu’on y est. Il n’empêche qu’en hyperactive larvée, je peinais néanmoins à ne rien faire, justement !  La posture du lézard, du bouddha et du …paresseux, ce n’était pas pour moi ! Et le repos dominical obligatoire m’a toujours inspiré de l’horreur ! Moi, je me repose quand et si je veux !

Il n’empêche que le repos forcé imposé par mes opérations successives, m’a fait redécouvrir ce qu’Einstein savait bien : c’est que le temps en fait n’existe pas ! Et qu’il n’est pas non plus notre maître ; il passe, bon et alors, en sommes-nous sûrs ? L’apprivoisant donc d’une main douce, j’ai capté tout ce qu’il m’apportait, en apprenant enfin à ne rien faire, à paresser : une exaltation des sens, la vibration du silence, la couleur des odeurs portées par la maison, la tessiture des voix, le langage incessant de mon propre corps (qu’on n’écoute jamais). Une micro dimension du monde qui est peut-être en fait sa macro dimension, je ne sais ! Et depuis, c’est  à titre volontaire que je me livre régulièrement à ces phases de paresse choisie, en toute liberté ! Je vous invite à essayer !

Et l’humour, me direz-vous ? Et bien, c’est pareil ! S’il est une chose qu’on ne vous apprend guère, surtout par nos temps de censure implicite et de politiquement correct ridicule, c’est à rire et surtout à rire de soi.  M’étant retrouvée plus souvent qu’à mon tour avec une tête à faire peur, j’ai appris à en sourire, et à dédramatiser. A mettre en avant ce qui est mon moi profond et qu’une écorce provisoirement abimée ne devait pourtant pas éteindre ; le rire, c’est une des meilleures façons de partager, une main tendue et un déplisseur de rides et de tracas. Il permet la juste distance, celle qui vous dit que l’instant suivant sera peut-être meilleur, et qu’il ne tient qu’à vous d’y croire un peu !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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8 commentaires pour Eloge de la paresse et de l’humour ….petite philosophie du boudoir acte XIX

  1. s’activer à vivre vaut mieux que travailler à la perdre

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  2. RvB dit :

    Comme toujours perspicace !
    Les propos revendiqués résonnent en moi, mais j’apprécie aussi tout particulièrement ces loupes à l’apologie des détails que tu distilles dans tes billets. Tu as un vrai don pour stimuler l’imaginaire !

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  3. Mais j’y crois profondément à ces deux vertus : la contemplation et le rire et je les pratique très souvent…

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  4. ¡Dejar que el tiempo se detenga para disfrutar de las pequeñas cosas deliciosas que danzan a nuestro alrededor! Reírse de uno mismo, el mejor ejercicio para vencer todas las dificultades. ¡Sabía filosofía que comparto totalmente!

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