La langue de bois ne passera pas …petite philosophie du boudoir acte XX !

S’il est un exercice difficile dans toute langue, c’est bien de faire converger notre propre référentiel de langage (notre dico personnel)  avec celui de notre ou de nos interlocuteurs.  Que l’on soit dans le registre professionnel, amical, familial, et même amoureux, la chose est bien plus complexe que ça n’en a l’air et  met en jeu, bien au-delà du champ lexical et syntaxique,  des rouages plus intimes : parler, c’est montrer de soi autant qu’exprimer quelque chose ; parler, c’est accepter de lâcher prise sur nos démons intérieurs, de ne pas tout contrôler ; parler, c’est mettre dans la balance notre propre vision du monde et des gens. Laquelle nous paraît donc revêtir un caractère de vérité, d’authenticité et de légitimité,  peu enclin à accepter d’être démenti.

Notre dictionnaire d’expressions métaphoriques ne s’y trompe pas, qui regorge d’images savoureuses et évocatrices en diable : langue de vipère ou langue de bois, langue déliée, langue morte,  langue vulgaire ou savante,  ou langue donnée au chat, toutes ces langues de caractère ne se laissent pas dompter comme cela !

Qu’on ait donc la langue chargée, pâteuse, ou de velours, avec ou sans cheveu, notre langue, même tournée dans la bouche un nombre incalculable de fois, peine à trouver sa vérité.  Et peine aussi parfois à rester bien sagement immobile dans notre bouche !

De parlers régionaux en glissements de sens, de modes en barbarismes, la langue est vivante, diabolique et au final, se fiche pas mal des règles et des carcans ! Et c’est tant mieux sans doute, car c’est ce qui maintient sa diversité et sa drôlerie, encore qu’il ne faille pas oublier qu’un ensemble d’usages communs façonne et facilite aussi la cohésion et la tolérance entre les gens : si on ne se comprend pas, difficile de s’entendre !

L’important est néanmoins qu’un petit pont se construise mot à mot entre celui qui parle et celui qui répond : écorcher une langue n’est donc pas si grave si l’intention est présente et l’attention à l’autre aussi. Ce qui ne veut pas forcément dire malgré tout, qu’on puisse se comprendre, tant le poids du milieu, de la culture d’origine, des usages, reste marquant.  Mais la langue est aussi une signature archi personnelle, une véritable empreinte traçable : qui aime bien, écoute bien, et sait reconnaître à coup sûr l’hésitation infime, le repli, la couleur de la voix qui a changé, le temps de latence qui ne devrait pas être là pour une réponse, le fameux mot fourchu, le traître lapsus ! Sans oublier non plus qu’à côté de cette parole, vivent et balbutient d’autres langages moins contrôlables ceux-là : notre gestuelle, notre regard en échappée libre, ces mains moites qui trahissent notre  émoi,  ces bras croisés en fermeture, ce pied qui bat la mesure ostensiblement, alors même que nous avons l’air d’écouter passionnément. Et oui, même nos politiciens rhéteurs n’échappent pas à cette libre expression si difficile à circonscrire !

Reste que comme toujours, nous avons le choix !  Le mien en tout cas est clair, quoique risqué ; je préfère dire que sous-entendre, questionner plutôt que supputer, reformuler plutôt que de ne pas être comprise ou de ne pas comprendre moi–même ! Et j’aime à entendre le langage de vérité d’autrui, et à le lui délivrer moi-même, autant que faire se peut !   Ainsi, nous nous donnons une place en altérité,  et plutôt que d’être une méchante langue, nous pouvons devenir ce que j’appelle moi, une langue de  soie  ( de soi) !

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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8 commentaires pour La langue de bois ne passera pas …petite philosophie du boudoir acte XX !

  1. L’infirmité de la langue de bois et de ne pas savoir quoi faire de ses noeuds

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  2. Françoise dit :

    très belle langue que la tienne …. brute et brillante comme soi(e) ;o)

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  3. J’adore la fluidité de ton langage et la richesse de la description des méandres de la communication. La dernière précision m’est inutile 😀 mais j’adore ta trouvaille :  » une langue de soie ( de soi) ! »

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  4. Beau post. Mais je l’avoue, ton langage est très bien structuré, ávolué, vif, brillant, vigoureus, enrichissant… !!! Bravo y olé. Et vraiment tu es ce que tu écris, ce que tu vis et nous apprenons de toi!

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