La main sur sa cheville ou comment goûter les instants furtifs, petite philosophie du boudoir acte XXII

Le métro à Lyon est sage, plutôt propre, et …ennuyeux ! 4 lignes se croisent, géométriques,  et du coup, même en y mettant du sien, impossible de se perdre.  Pas de musiciens inspirés sur ses quais, pas d’orateurs anarchisants, d’illuminés de la foi ou de poètes improvisés, rien !

Mais parfois, si on laisse traîner son œil et son esprit, on peut voir de ces impromptus qui vous rappellent que la vie palpite en fantaisie et en allegro !

Il y a peu, rentrant d’un rendez-vous médical fort peu attrayant, je me suis donc accrochée en singe paresseux à une  de ces lanières qui ornent le plafond des nouvelles rames. Devant moi, devisant comme de très vieux amis, un improbable couple : lui, trentenaire, l’œil charbonneux et le cheveu musicien, jambes croisées sur des chaussettes  blanches. Elle, blanche et maigrelette,  silhouette très mince, comme maintenue droite par un manteau de laine rouge. Les cheveux maigres et longs tirés en arrière par une barrette, le nez écarlate  et pointu comme une flèche,  l ‘œil clairvoyant et habité qu’on voit à certains vieillards ;  50 ans de plus, tout au moins ! Penché sur lui, sa voix haut perchée et aigrelette s’enquérait avec une insatiable curiosité de tout ce qui était lui : où il allait, ce qu’il faisait, pourquoi il était si peu couvert par ce froid ?

Et dans un geste furtif et incroyablement maternant, sa vieille main sèche caressait la main ou la cheville du jeune homme, sans même qu’elle semblât s’en rendre compte. Lui,  amusé, souriant, se prêtait au jeu sans complexe, répondant mot pour mot,  abandonné et indifférent aux regards curieux, qui peu à peu se fixaient sur le duo.   Autour et à côté, postés en mannequins de cire, l’œil sur le portable où les oreilles engoncées dans leurs écouteurs, luttant fesses à fesses pour empiéter de quelques centimètres sur l’espace du voisin, des voyageurs maussades et très silencieux ;  seul montait dans la rame, ce chant à deux voix, où la bonne humeur perçait comme un crocus de printemps !

Ils m’ont quittée avant que je ne descende, bras dessus bras dessous comme de vieux amis et je gage qu’ils se sont embrassés comme deux frères, et séparés comme des proches qu’ils n’étaient pas ; un instant de grâce furtif et délicieux comme ce moment si particulier où, fondant en une seconde sur  la langue, s’épanouit la saveur du chocolat !

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour La main sur sa cheville ou comment goûter les instants furtifs, petite philosophie du boudoir acte XXII

  1. Ton recit délicieux comme le chocolat!!! Bonne soirée.

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