Eteins la lumière…que m’étreigne la poésie que je ne connais pas encore…Petite philosophie du boudoir acte XVII

Villon« Frères humains qui après nous vivez. N’ayez les cœurs contre nous endurcis, Car, se pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tost de vous merciz. »

La ballade des pendus-François Villon

J’ai toujours été habitée par ces vers de mon adolescence. Poète crotté, frotté à la canaille des pavés parisiens, François le tendre et le terrible, plume féroce et si juste, intemporelle, n’a jamais perdu sa voix ; quiconque hante le quartier latin, suit son ombre iconoclaste, sur les trottoirs.

J’ai pensé à lui, aujourd’hui, caressant du plat de ma main les si minces reliures des recueils de poésie posés en nombre si petit sur les rayonnages de la FNAC :

William Blake, Saint John Perse, José Maria de Heredia, Blaise Cendrars, Victor Hugo, Apollinaire, Rimbaud, et si peu d’autres ! Si peu de contemporains ; pas de griots moqueurs, de chamans, pas de Haïkus,  juste un soupçon d’orientalisme avec Khayyam ! Où sont les voix latinos, slaves, berbères, asiatiques, inuit, africaines ? Ces frères humains-là, ne s’expriment-ils donc qu’en prose ?

Ouvrant au hasard des pages connues ou inconnues, j’ai murmuré pour moi-même, au milieu de la foule, aux côtés d’un être aimé. La poésie, vous savez, ça ne se lit pas, ça se dit !

Ainsi, ce qui paraissait opaque, et sans vie, s’ourlant de musicalité et de chaleur, monte et s’amplifie, prend toute sa saveur.

Je me suis dit qu’au lieu de ces endroits morts, il faudrait là, un lieu de vie ; un petit endroit, où quelqu’un lirait à haute voix, pour lui-même et pour d’autres. Un lieu circulaire d’enchantement éphémère, où une voix en remplacerait une autre. Comme dans les slam sessions, micro passant d’une main à une autre, et surtout, d’une tessiture vocale, d’une émotion à une autre.

La poésie, ça se transmet d’âme à âme comme une contagion sidérante ! Le timbre de la voix, l’envolée du geste ponctuant les césures, les silences, comme sur une portée musicale, liant les sensibilités les unes aux autres, des–endurciraient les cœurs !

Alors, laissant mon esprit dériver…

J’ai rêvé de Villon décoiffé et hâbleur,

Sa grande silhouette de chapardeur,

Glissant de page en page,

Effaçant les rumeurs.

Du pavé de Paris ruisselant de sa Seine,

Des rives du grand Nil, des archanges rieurs,

Et des matins d’Afrique mâtinant de senteurs

Les grands espaces nus !

Poètes, chantez-moi les amours disparues,

Et les histoires de demain !

L’espace vous appartient et votre terre est mienne…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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8 commentaires pour Eteins la lumière…que m’étreigne la poésie que je ne connais pas encore…Petite philosophie du boudoir acte XVII

  1. Antonio dit :

    Des mots, des notes, au rythme du coeur, du souffle de cette vie en nous, ainsi naît la poésie comme la musique, je dirais spontanément sans réfléchir.
    Belle idée qu’un endroit pour dire la poésie. Elle me trotte encore dans la tête 🙂

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  2. Bravo!!! La sagesse et la poésie prises de la main (ont peut dire ça?) Bises

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  3. J’aime beaucoup cette idée de faire vivre la poésie comme dans les slam sessions

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth
      Il n’ y a rien de tel que la rencontre pour faire naître l’émotion ! C’est comme pour les tableaux ; impossible de comparer l’émotion qui naît de la rencontre avec la toile dans toute sa matière, avec une reproduction sur le net ou sur papier, même de grande qualité ; On oublie que la poésie est musique, il faut la dire pour la faire sentir. J’ai vécu à ce sujet une expérience incroyable ; Ecrivant partout, j’ai vu un jour, alors que j’avais le nez plongé dans mon carnet (et les fesses dans l’herbe) un cercle de baskets tout autour de moi ; Levant le nez, j’ai vu 8 jeunes goguenards qui me regardaient faire ; tu fais quoi là , t’écris ? Sans me démonter, je les ai invités à s’assoir et je leur ai lu ce qui venait de s’écrire ; Et là le dialogue s’est établi, on a discuté en riant, c’était génial ! Est-il utile de préciser que ces jeunes là ne lisaient jamais de poésie ? 🙂

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  4. Phédrienne dit :

    Je l’espère, tout au moins ! Merci, Elisabeth !

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