La confiscation du savoir philosophique…petite philosophie du boudoir acte XXVIII

crane copieHier débat riche mais houleux avec une étudiante en master de philosophie, sorbonnarde, à propos d’Albert Camus, connu pour ses romans, mais aussi pour ses essais, dont l’homme révolté, que je viens tout juste de finir. J’ignorais que l’auteur faisait toujours débat parmi les philosophes qu’il agace en raison de ce positionnement à la frontière de leur savoir ; Camus, essayiste, n’est évidemment pas un philosophe ; pas plus que ma philosophie dans le boudoir (le terme étant pris dans son sens trivial) ne relève de cette docte pratique).  C’est un fait.

La philosophie,  on le sait, répond à un langage d’une précision chirurgicale ; quiconque s’y frotte sans formation et ad minima un dictionnaire spécialisé, risque au mieux de tomber dans le contresens, au pire, dans la mésinterprétation et l’incompréhension totale. Faut-il pour autant,  confisquer la pratique des idées et la réserver à un champ d’élites,  certes soigneusement formées et en possession des outils et du savoir, mais qui n’en restent pas moins des hommes, élevés sur les bancs d’une école  et formatés d’une certaine façon ? Faut-il concevoir que ces philosophes puissent constituer un corps à part, replié sur lui-même, dissertant entre soi, créant pour lui-même de nouveaux concepts ?

J’ai eu la conviction depuis des années, en essayant d’approcher cette matière à ma façon, certes imparfaite, que le philosophe était au cœur de la vie et pas seulement d’un système de pensées ; que les implications de ses connaissances et de sa vision impactaient en cercles concentriques descendants, l’ensemble de la vie sociale et politique. L’émergence de nouveaux systèmes de direction societale, d’une nouvelle conception de l’art de vivre ont pris leurs source dans la pensée et l’étude consciencieuse menée par ces hommes, dont certains ont payé de la prison, de l’exclusion, voire, de leur vie (je pense à Socrate, Gordiano Bruno, à Spinoza) leur modernité et leur liberté intellectuelles.

Je ne crois pas à la permanence d’une société castée, dans laquelle certaines élites, loin de permettre l’émergence d’une société démocratique,  pluraliste, contribueraient volontairement au maintien de systèmes archaïques, aux relents d’ancien régime. Je ne pense pas que l’aristocratie de la pensée remplace avantageusement  celles de robe et d’épée, lorsqu’il s’agit de conserver une forme de contrôle, voire,  de pouvoir entre quelques mains.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce débat-là ne concerne pas une sphère évaporée éloignée de la vie quotidienne ; depuis les grecs, le philosophe est acteur de la cité,  et contribue largement à l’évolution des mentalités et des idées, lesquelles ne sont jamais éloignées des actes !

Si un certain purisme doit prévaloir en matière de diffusion de la pensée et des connaissances philosophiques, dans un souci sûrement légitime de véracité, de crédibilité et de respect de la parole défendue ou exposée, je ne crois pas qu’il faille sortir du champ, des auteurs que je qualifierais d’intermédiaires, ayant la capacité d’exposer avec rigueur et en étayant leur discours, leurs idées, ou leurs propositions pour faire évoluer la connaissance générale et partager. Le monde a fortement à gagner d’une meilleure répartition du savoir, laquelle ne doit évidemment pas se faire dans la vulgarisation outrancière ou la facilité ; mais, comme toujours, des solutions et des chemins différents restent encore à inventer. Et une société différente, à concevoir. C’est ma conviction !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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14 commentaires pour La confiscation du savoir philosophique…petite philosophie du boudoir acte XXVIII

  1. Françoise dit :

    ben oui ! …… arpentons les places en profitant du printemps qui arrive (euh ?) , réflechissons, parlons, imaginons, rêvons et méfions nous des « maîtres à penser » de tous poils ;o)

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Françoise
      Oui, la mise à distance est nécessaire et surtout, le refus de confier le domaine vaste de la pensée à quelques uns ; L’oligarchie, ça suffit !

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  2. RvB dit :

    Toujours aussi perspicace Phédrienne. Merci pour cette fraîcheur d’esprit qui jamais ne fane, et cette belle vision de (la) vie.

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  3. Antonio dit :

    La philosophie pour moi c’est comme l’Alfama à Lisbonne, si vous y allez avec le meilleur des guides locaux vous raterez l’essentiel… La laisser vous prendre et vous emmener dans ses rues étroites et pentues, ses petits escaliers où chaque pas vous offre un nouveau point de vue.

    Que les puristes, les élites veuillent préserver le nom pour leur savoir, moi je leur laisse. Il ne faut pas que cela nous empêche de prendre place dans le boudoir. C’est essentiel ! 🙂

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Antonio
      Toutes mes excuses ; votre commentaire, je ne sais pourquoi était coincé dans les indésirables, d’où je l’extraie à l’instant, vilaine plateforme qui n’en fait qu’à sa tête !; Merci pour ces propos et votre soutien ! Je milite activement pour que la coexistence de divers chemins, et pratiques reste une réalité !
      Amitiés à vous

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  4. Que je partage pleinement. Ce cloisonnement ne peut rien apporter de bon et tu as raison, chacun est libre de « philosopher » à sa manière…
    Il y a bien une philosophie de comptoir ? 😀
    Blagues mises à part, à un certain niveau de conscience, nous élaborons notre propre système de pensée, certes, nourri par les mentors mais très personnel, celui qui donne du sens à notre vie.

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  5. C’est aussi ma conviction! et en plus, ton analyse de la realité quotidienne est une réflexion philosophique ( dans tout le signification du terme philosophique) très lucide qui font la fontion essentiel de la philosophie: répondre les questions concernant l’être. Bravo!!!

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  6. Oh là là la tête de mort fleurie!!!

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  7. C’est très sympa!!! Et devant lui je reste bouche bée…

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