Le livre et l’argent

Ce matin discussion riche et éclairante avec un éditeur imprimeur  lyonnais. A qui j‘explique que je souhaite diversifier ma distribution et figurer davantage dans les librairies, parce qu’un lecteur a besoin de saisir et de feuilleter pour découvrir un auteur, et avoir envie d’aller plus loin. Je le comprends !  Et qu’en dehors de toute idée de rentabilité financière, aller à la rencontre de lecteurs de chair et d’os me plairait bien ! Pour faire le lien.

Le projet de ce matin concerne donc simplement l’impression d’une  maquette du futur livre que je voudrais  propre et à mon goût pour l’envoyer à la lecture et à la critique ; quitte à m’entendre dire alors que ce  n’est pas assez ceci ou cela, ou que c’est très mauvais, ça fait partie du jeu et je n’ai à cet égard ni prétention ni narcissisme mal placé. Pour ma part, je refuse absolument l’édition et la distribution à compte d’auteur, tout en comprenant qu’elle puisse permettre de se faire plaisir et de transmettre un patrimoine ; c’est un choix, mais  ce n’est pas le mien, parce que je crois en la capacité d’un éditeur à valider ou pas votre travail. Le professionnel,  c’est lui, qui, en dehors de ses objectifs commerciaux, sait repérer ou non la qualité ou l’originalité d’un travail. Bien sûr, il doit s’assurer de rentrer dans ses frais et de trouver preneur, sous peine de ne pas survivre dans un monde en crise et saturé ; néanmoins, pour moi, un éditeur n‘est pas un épicier qui garantit la liste des ingrédients et la provenance de ses produits à sa clientèle. C’est un parieur relatif et quelqu’un pour qui le livre n’est pas un objet quelconque, mais un univers à défendre. Qu’il soit en capacité de critiquer un travail sur la multiplicité de ces critères (qualité d’écriture, originalité, pertinence,  mais aussi possibilité de distribuer) est donc indispensable.

Mais à aucun moment ce matin, il n’aura été question d’écriture ou de talent, ou d’envie concernant les auteurs déjà présents au catalogue de la maison.    Non ! Il y avait ceux qui se vendent et ceux qui ne se vendent pas : point ! Malgré la grande qualité d’écoute et la courtoisie de mon interlocuteur, que je souligne avec empressement, et sa franchise aussi, car au moins n’aura-t’il pas fait mine de s’intéresser au contenu sauf en termes de mise en page, de qualité de papiers etc, cela m’a fait froid dans le dos ! A l’instar des congélateurs ou des iphones de xième génération, le livre a glissé sans qu’on s’en rende vraiment compte  du statut de création intellectuelle à celui de produit. Moi je préfère un monde où on vous dit non ! Plutôt qu’un monde où on vous demande avant toute chose de passer au tiroir caisse ! Que vous sachiez écrire, ou non !

Un fait de société qui n’empêche pas heureusement l’émergence de talents et le bonheur de lire des auteurs de génie d’hier et d’aujourd’hui, un patrimoine précieux à mes yeux…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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5 commentaires pour Le livre et l’argent

  1. RvB dit :

    Effrayant en effet.
    Certains se retrouvent peut-être dans ces considérations purement marketing, auteurs comme éditeurs, mais je crois moi aussi, sans non plus renier cette nécessité de rentabilité pour l’éditeur, et peut-être naïvement, qu’il doit se produire une rencontre humaine et un coup de cœur réciproque, pour que l’éditeur en question ait réellement envie de se battre pour défendre une œuvre. Cela demande sans doute plus de travail et d’investissements personnels, mais j’ose croire que certains aiment encore assez leur métier pour faire cet effort intellectuel ! Et je te souhaite de frapper un jour à une telle porte !

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Hervé
      Je me rends compte que ma réponse n’a pas été publiée, les mystères de WP ! Au-delà de la rencontre, c’est un vrai combat contre l’uniformisation et une forme de braderie de l’expression qui se joue là. C’est quelque chose d’essentiel, dans laquelle un éditeur de métier a un vrai rôle à jouer ; Tout comme les galeristes et les mécènes ont joué un rôle crucial pour les peintres !
      Merci à toi

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      • RvB dit :

        Bonjour Colette,
        C’est bien ce que j’entendais… mais une petite colère sourde m’a peut-être obscurci la clarté du propos ! 😉
        J’ose croire qu’il est encore de petits bastions sous forme de librairies au format humain pour défendre le droit à la pluralité, et à la différence ! Ce que je te souhaite de trouver (dans cette grosse meule de foin), tu le mérites !
        Amitiés !

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  2. C’est révoltant; à L’Espagne c’est la mème histoire, À mon avis l’esprit éditeur d’avant est mort, Ajourd’hui l’argent est le veau d’or; c’est pour cela que « je publié » a mon blog, c’est une bêtise je sais,mais comme il faut écrire à la page… enfin… Je suis en colère.
    Bisous.

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Barbara
      Non, ce n’est pas une bêtise, c’est une façon de faire exister vaille que vaille ce que tu aimes et sais si bien faire ! Pour moi cette politique marchande qui ne concerne pas que la littérature relève d’une volonté de productivisme et d’uniformisation intellectuelle inacceptable. Heureusement qu’on trouve encore de petites librairies parallèles qui défendent autre chose, mais pour combien de temps ? Et sûrement de très bons éditeurs aussi, mais la botte de paille est énorme !

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