L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie! Hervé Kempf

kempfLa réédition en livre de poche de cet ouvrage paru en 2011 aux éditions du seuil, m’a poussée à en aborder la lecture.  Avec appréhension, car je me méfie beaucoup de l’esprit de partie et des écoles idéologiques, quelles qu’elles soient !  Néanmoins, un écrivain est aussi le témoin de son temps et vivant à Villeurbanne, grande ville très populaire et mixée, j’y suis aussi le témoin au quotidien de la montée de la paupérisation, des exacerbations raciales,  et d’une forme de déréliction qui ne va pas dans le sens du bien vivre ensemble ! En 7 années de présence,  j’ai vu croître de façon inquiétante le nombre de sans abris, de femmes et d’hommes jeunes posés sur les trottoirs de la ville, et ce jusque dans les quartiers réputés plus chics.  On y mettra les chiffres qu’on voudra en évoquant la subjectivité de ce regard ; il voit néanmoins ce qu’il voit ! Et mon amour de la poésie, des idées et de l’écriture en général ne peut s’accorder à l’indifférence à l’égard des autres humains ; le carpe diem n’est pas pour moi !

Hervé Kempf est un journaliste essayiste plusieurs fois couronné de prix, et qui est très féru d’écologie ; son analyse le pousse donc à privilégier un monde futur où la course à la croissance sera abandonnée au profit d’une gestion raisonnée des ressources et d’un changement de pouvoir. Les chiffres ne lui donnent pas tort : comment comprendre et surtout accepter la concentration des pouvoirs et des biens dans une poignée de mains,  et la réalisation de profits monstrueux opérés sur le dos de la pauvreté, le tout avec un mépris des masses affiché par nos oligarques ?

L’analyse d’Hervé s’appuie sur du factuel implacable : des noms, des faits, et des chiffres, qui interpellent et mettent mal à l’aise.  Loin d’une théorie fallacieuse du complot, il souligne aussi le mécanisme mis en place depuis des lustres pour endiguer la colère et anesthésier l’esprit des masses : téléréalité, icônisation du foot, encouragement massif à la consommation matérielle, parce que si l’industriel et l’énarque méprisent l’homme de la rue, encore veulent-ils continuer à le tondre et si possible, avec son consentement. Et c’est bien là ce que ce livre souligne encore davantage : l’inertie des masses, certes mécontentes, mais totalement stupéfiées et résignées, et qui s’appuie sur un individualisme forcené et là encore, largement nourri par des médias corrompus  et dont l’indépendance est tellement douteuse : il n’est qu’à chercher le nom des grands patrons des groupes de presse pour savoir quelle vérité ils défendent !

Je suis plus mitigée en revanche sur l’analyse portée sur la jeunesse de notre pays, jugée niaiseuse et abâtardie par la télé et le net :    une telle généralisation  outrancière ne reflète pas, je le crois, la réalité d’une génération grandie dans la crise et peu portée par ses aînés !

Néanmoins, la lecture est édifiante et surtout, porte à l’analyse, au recul et à la réflexion ; la vie n’est pas une fatalité, elle doit demeurer un choix ! C’est ce que ce livre choc et documenté rappelle !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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10 commentaires pour L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie! Hervé Kempf

  1. Antonio dit :

    Un sujet bien épineux pour ne pas se piquer aux clichés et à toute généralisation. Un constat pourtant évident dans la rue ou devant nos postes qui nous font, comme vous ici, réagir violemment, au fond de nous tout du moins.
    Et c’est ce moins qui pose question. Que faisons-nous et que pouvons nous faire vraiment ? S’indigner c’est bien, c’est moderne. Se résigner, c’est lâche, c’est lâcher tout idéal ou simplement toute envie de vivre autrement tous ensemble. Sans avoir lu ce livre, je partage tout à fait l’idée à travers la description que vous en faîtes et comme vous, ai un peu plus d’optimisme sur notre jeunesse, pour peu qu’on veuille bien lui donner les rênes.
    Mais voilà, de cet ouvrage qui me réconfortera dans mes convictions aux reportages divers et avariés sur Arte, Spécial investigation de Canal ou autres envoyés très spéciaux, on se contente de constater, de s’indigner devant nos médias et ruminer le meilleur moyen d’agir.
    Parce qu’au fond, les victimes de cette paupérisation ne cherchent-elles pas qu’à entrer dans cette ronde d’individualisme ? Il n’y a qu’à entendre autour de soi, dans les cafés, on s’en prend à ses semblables qu’on qualifie de fainéants ou de profiteurs quand on ne révèle pas au grand jour un racisme trop longtemps refoulé, tout en défendant la taxe à 75%, un scandale selon eux, rêvant sans doute d’être un jour à la place de ces riches qui ont réussi et non profité. Et ça vote aux élections pour sa pomme et éliminer ses paires comme dans un jeu télévisé. C’est aussi une réalité, sans vouloir généraliser.
    Epineux, je vous disais, je viens de me piquer à tailler le sujet juste avec mes gros doigts.. A prendre comme une réflexion de comptoir 🙂

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Antonio
      Je suis d’accord avec vous, et il ne s’agit nullement de culpabiliser qui que ce soit, mais juste d’apporter des amorces de réflexion. Noyés comme nous le sommes aujourd’hui par des flux incessants d’images, le bombardement de formules toutes faites (le choc de simplification de notre président est une aberration sémantique, tout comme une façon de prendre les gens pour des imbéciles, ce en quoi il n’est pas le premier), il est difficile de faire le tri et il faut bien commencer par agir quelque part ! S’indigner n’est pas grand-chose sans doute, mais c’est le premier pas vers un refus, qui peut conduire à proposer autre chose. Sans avoir peur de la critique ! On nous enseigne aujourd’hui qu’exprimer un désaccord, c’est stigmatiser ! On n‘entend plus que cela et là, moi, je dis non ! Savoir souligner les failles d’un système, d’attitudes, faire un diagnostic, ça permet de traiter la maladie ! Et Hervé Kempf ne prétend d’ailleurs nullement avoir une solution miracle ! Il veut être un maillon intelligent et intelligible, et j’essaie de le relayer aujourd’hui. En me piquant les doigts, moi aussi !
      Merci à vous !

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      • Antonio dit :

        Bien sûr qu’il faut s’indigner, s’exprimer, diffuser, relayer l’idée que l’on peut vivre autrement, que ce monde n’est pas une fatalité mais bien le produit de nos actes de tous les jours. Ne nous résignons pas !
        Je suis convaincu qu’à éveiller les consciences nous pourrons oser agir ensemble et provoquer de vrais changements. Ce livre comme votre relais et nos réflexions sont plus qu’utiles.
        Merci à vous !

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  2. RvB dit :

    Même lecture globale, et même distanciation vis à vis de la généralisation faite de la jeunesse de notre pays. Néanmoins, ce livre, à mon avis, possède le grand mérite de traiter de mécanismes à l’échelle de l’humanité dont on peut avoir conscience à différents degrés suivant notre sensibilité au monde, mais ajoute à ce qui ne sont finalement que des sentiments une description précise et rigoureuse de ceux-ci. La démocratie est finalement un mot vidé de son sens, elle n’est plus à sauver mais à recréer, et l’oligarchie en question, qui cache son nom, règne en maîtresse absolue d’un monde où le rôle des citoyens ne consiste plus à exprimer ses opinions mais à s’aligner derrière l’opinion de quelques uns.
    C’est très bien écrit, très bien documenté (et souvent inédit), mais ça se lit très facilement et ça a le mérite d’enfoncer un clou qui permet aux consciences encore alertes de ne pas s’endormir !
    Urgent, et « é-di-fiant », en effet.

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Hervé
      Oui, c’est ce que j’ai aimé aussi; Ce livre n’est pas une élucubration d’illuminé, mais le fruit d’un travail de recherches étayées. Et qui donne à réfléchir !

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  3. tassera dit :

    Ce qui donne de la force poétique à l’engagement c’est la conviction de pouvoir vivre ses rêves

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  4. Phédrienne dit :

    Pour Antonio
    Nous sommes d’accord ! Et pleinement! Merci !

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  5. Bravo pour ce post et les commentaires. Ne nous résignons pas! Merci pour le partage.

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    • Phédrienne dit :

      Ne nous résignons pas et agissons! Je crois aux gestes qui paraissent dérisoires mais qui tiennent de la cohésion entre humains, de la générosité et de la capacité à dire non !
      Merci, Barbara

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