Le printemps de madame Prétend

3961Depuis quelques temps déjà, madame Prétend se fait discrète. A peine aperçois-je de temps en temps, l’ombre du bas de sa robe de chambre pourpre. De plus en plus souvent, sa garde féline rapprochée descend seule au jardin, où  pourtant, jaillissant du froid et de l’ombre, maintes preuves du passage de la dame se font voir : narcisses, jacinthes, crocus, et tulipes, et quelques somptueuses pyramides de pompons violets dont j’ignore le nom ! Bien que madame Prétend déclare détester les enfants, une balançoire neuve exhibe ses cordes jaunes au fond du jardin, là où un banc de pierre vénérable permet de se chauffer le dos au soleil. Sous l’arbre tutélaire dont les feuilles neuves se pavanent, la chaise longue attend de reprendre sa place.  Cela ne saurait tarder, car le jardin, sans sa muse sylvestre, semble déshabillé d’une partie de son âme.

Cependant, et comme pour me faire mentir, voilà que j’ai fait il y a quelques jours, une curieuse expérience. Madame Prétend m’aime bien ! Son œil s’adoucit souvent lorsqu’elle me regarde descendre et que je la salue, bien que son humeur capricieuse s’autorise parfois à m’ignorer ou à me répondre du bout des lèvres. Elle sait aussi que je n’exerce pas un « vrai » métier. Et soupçonne que les  poètes et écrivains se nourrissent parfois du vent de leurs idées plus que d’un des solides ragoûts dont elle a le secret ! Scrutant d’un regard soucieux ma longiligne silhouette, sans doute a-t’elle conclu que du vent, j’en  mangeais plus qu’à mon tour ?

Toujours est-il que, montrant une fois de plus à quel point son cœur bat comme un soleil de printemps dans sa vieille poitrine, et personnifiant à loisir une version moderne de la Jeanne de Brassens, Madame Prétend m’a proposé dans un souffle, de m’apporter, quand je le souhaiterais, soupes et plats revigorants, pour que je prenne un peu de gras, et partant, un peu de forces !

Je vous avoue sans ambages qu’une grosse émotion m’a saisie. Et que prenant à l ‘étouffer la sévère dame dans mes bras, je l’ai embrassée sans un mot.

Dois-je également avouer,  qu’à sentir les délicieux fumets qui passent sous sa porte, elle m’a presque tentée ?

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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11 commentaires pour Le printemps de madame Prétend

  1. Ah, cette chère Madame Terpend, je me demandais ce qu’elle devenait.
    Quel beau cœur dans cette large poitrine bourrue, je suis émue pour toi aussi…

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  2. Antonio dit :

    Mais acceptez ! Avec une bonne petite bouteille de vin de Bourgogne ou de Saint-Joseph,à votre place demain elle serait à ma table, Madame Terpend. C’est un trésor d’inspiration, à écouter ses yeux parler, son sourire médire et ses gestes pester une vie où les regrets laissent peu de place aux envies.

    « Montez, Madame Terpend… Oh, vous avez même emmené un petit Côte-Rotie 76. Oh, fallait pas ! … On va l’aérer un peu, le pauvre… tout ce temps enfermé ! … »

    Voyez, on se l’approprie sans vergogne… J’adore ! 🙂

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  3. RvB dit :

    Une belle histoire, et une belle rencontre sans cesse renouvelée autour de ces histoires de Madame Terpend. Comment ne pas se laisser gagner par l’émotion lorsqu’une rudesse apparente cache des trésors de bonté !

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  4. Cette Madame Terpend est aussi ravisant! J’adore son univers cotidiènne et domestique… Bisous.

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  5. elisabeth dit :

    bonjour Colette, je viens de (re)lire tous les épisodes de Mme Terpend.
    Tes récits pleins de détails nous transportent dans ton univers. J’imagine que tout ce que tu racontes est bien réel. Et cette Mme ne sait peut être pas qu’elle t’inspire autant !
    Je me disais que j’aimerais bien voir une image de ce jardin avec tous les chats .. mais finalement c’est peut être mieux d’imaginer.
    Et puis, elle finira peut être un jour par te raconter des épisodes de sa vie qui deviendront source d’inspiration.

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth
      Non, elle ne le sait pas ! Je crois que si je lui parlais de ces écrits, cette source spontanée se tarirait. Madame Terpend ne parle pas, ou très peu ; Je la devine et partant, je l’invente aussi, ou du moins je propose ma lecture de ce qu’elle est ! Un petit jeu dont raffolent les écrivains !
      Merci pour ta présence !

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