L’écriture, à la recherche du temps à venir … petite philosophie du boudoir acte XXX

Un de mes amis a rencontré un jour un photographe japonais qui depuis 30 ans, ne photographiait que des roses. Non pas une monomanie, mais une exploration minutieuse, passionnée et toujours renouvelée ; que voulait dessiner ou trouver ce néanmoins floromane acharné ? Nul ne le sait ; mais je gage que sa recherche avait un sens  tout autre que celui de figer l’éphémère beauté de ces fleurs capricieuses.

Ecrivant et photographiant moi–même, avec le même élan impérieux, je me suis demandé souvent quels sens avait cette graphomanie galopante. Parce qu’il ne suffit pas de diagnostiquer ses addictions : encore faut-il y trouver une finalité,  si tant est que le plaisir de faire n’y suffise pas, voire même, une échappatoire !

Lectrice curieuse et éclectique depuis mon enfance, je suis aussi une lectrice infidèle, refusant de me cantonner à un genre et surtout à une facilité ; celle qui consiste à reprendre un auteur dont on sait déjà que son style vous plaît. Je préfère parfois partir à l’aventure, ouvrir le livre que je ne connais pas, celui qui n’est pas exposé au premier rang, et que les médias oublient. Il n’est qu’à relire le journal des frères Goncourt, fidèles observateurs de leur temps, pour se rendre compte que le temps, justement,  est un laminoir ! Beaucoup des auteurs qu’ils citent et qui étaient célèbres alors, sont tombés depuis  dans des oubliettes bien profondes ! A tort ou à raison ! Mais pourquoi alors se priver du plaisir de la vraie découverte, celle qu’on fait tout seul ?

Vous allez penser que je m’égare bien loin du titre de ce papier.  Que nenni !  Car ce que j’ai cherché sans fin dans mes lectures nourrit aussi l’objet de ma quête en écriture.  Non pas reproduire ou  copier, mais chercher mon identité d’écrivain, ma signature de mots et surtout, ne jamais m’y arrêter !  Explorer avec entêtement et persévérance un territoire qui forcément reste vierge. J’ai souvent entendu dire autour de moi que tout était déjà écrit ou produit d’avance ! Que tout n’était qu’une reproduction pâlie, un ressassement, une resucée de choses ! C’est une idée très très répandue  et qui couperait les ailes à bien des oisillons frileux !

Je n’ai pas quant à moi cette vision résignée. Ni la volonté de  fixer dans le marbre des éléments du passé, de creuser le sillon de la nostalgie. Ma madeleine à moi est toujours à venir.  Elle a une texture et une odeur que je ne connais pas encore : des contours que j’ai envie d’inventer parce que le monde pour moi se dessine peu à peu par toutes nos énergies croisées. Par ma volonté acharnée à lui donner un sens dont je connais, partant, la volatilité.

L’écriture ça s’apprend, mais ça se cherche aussi. Ca s’affine, mature, se creuse et s’amplifie ; un phénomène de dilatation rétractation incessant, une mutation protéiforme où on peut s’essayer à dépoussiérer, déganguer et parfaire, sans jamais atteindre, justement, la perfection. Un beau chemin où s’invente sans cesse ce qui sera ! Et qui laissera place à nouveau à ce qui reste à inventer !

 

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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6 commentaires pour L’écriture, à la recherche du temps à venir … petite philosophie du boudoir acte XXX

  1. Antonio dit :

    Ne pas chercher à faire pareil, ni différent. Oublier tout ce que l’on sait, en le sachant pourtant. Ouvrir les sens, scruter l’étincelle… la laisser venir, ne pas en avoir peur… l’explosion créative !

    Quand j’écris, je pense musique, expérience jouissive sur scène, le plus dur n’est pas de connaître ses gammes, quoique je suis un mauvais élève, mais d’entendre ce qu’il se passe, d’intervenir, de poser ses propres notes, de répondre, d’emmener, de se fondre dans l’harmonie.
    De deux choses l’une, soit vous écrivez tout à l’avance après avoir étudié et travaillé d’arrache plume et recopiez avec une perfection votre oeuvre, soit vous explorez, ouvrant grands vos oreilles, votre coeur, vos émotions et comme vous prenez votre bébé pour la première fois dans vos bras, instinctivement vous caressez, embrassez les premières notes… le reste suit comme si vous saviez depuis toujours. Une expérience unique sur scène, je vous disais, jamais je n’ai ressenti cette explosion créative sur un solo de deux minutes, à peine, au milieu de cuivres et du son de New-Orélans.

    Quand j’écris, je pense à cet instant-là.
    pour partage 🙂

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Antonio
      Merci pour ce vibrant partage ! Comme je l’ai dis déjà, je n’ai pas l’expérience du ou bien, ou bien  ! L’écriture emprunte tous les chemins possibles et tous les outils, il suffit de trouver le sien. Pour certains ce sera la besogne, méticuleuse, recommencée sans cesse (l’histoire de la littérature regorge de ces minuties), pour d’autres la fulgurance ; Pas de leçons à retenir ni à conseiller sur ces points si ce n’est l’exigence que l’on peut se donner. Chez moi, la vibration de l’instant n’occulte pas le travail ni la remise en question. Chez d’autres, l’expérience est différente et c’est tant mieux ! Et j’aime beaucoup votre évocation du solo !

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  2. Rien qu’à ta façon d’en parler, je sais que quoi que tu écrives, cela sera toujours beau et passionnant

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  3. RvB dit :

    Originale, tu sais l’être dans tes écrits comme dans ta vision des choses. Tu vis la lecture et l’écriture comme des aventures, et en tant que lecteur, je suis toujours ravi d’être transporté dans cette réalité que tu as faite tienne !
    Amitiés !

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