Lever du jour

Marche solitaire ou en duo. Le silence à cette heure où la nuit se délace du jour, est unique. Frisson de l’aube mouillée de perles fines. Brume blanche montant des eaux, fantômes pâlis et incertains, sans âge. Guettant la montée du soleil comme un miracle surgi du fond des temps, le marcheur se tait, souvent. Rien à dire devant la beauté brute immédiate de la nature. L’enfant des villes que je suis, la citadine affolée de bitume, frottée de l’odeur du pavé parisien,  se laisse étreindre pourtant. Caresse sensuelle des feuilles gorgées qui dégouttent  de baisers mouillants dans le cou, sur le carré de peau qui dépasse des laides chaussettes de randonneur.  La nuit, dehors, continue de me faire peur ! Cette peur primitive de l’homme des cavernes ! Des frémissements, des bruissements, accompagnent la marche dans les herbes.

Sac posé à la va vite sans rien voir.  Attente silencieuse, le cœur battant comme au générique d’un film. Puis, le soleil se lève, d’un seul coup. Un disque rond, aveuglant et impérial, sanglant, qui se hisse brutalement de son cercle de nuages, chasse tout. Projecteur aveuglant qui pénètre les yeux, déflore les sens, peint à grands traits un paysage frais éclos.

Souvent à ce moment, la photographe disparaît ! Le petit papillon qui sèche ses ailes  et que je surprends comme une femme à sa toilette est dérisoire,  mais magique. L’orchidée sauvage qui déroule ses minuscules pétales et demeure là, et jusqu’à la simple odeur de la terre, intense, âcre, mentholée, juste là, sublimes toutes deux. Dans ces instants, je comprends la posture du chat. Posé en sphinx, hiératique en apparence,  mais en fait en totale réception. Prenant chaleur et vibrations, sans rien attendre d’autre.   Comme lui, je m’étale. Dos contre une écorce, ou couchée dans l’herbe. Mouillée, qu’importe, laissant ensuite ses empreintes vertes et brunes sur mes vêtements tachés, on s’en fout !   Ce qui s’emmagasine là est bien plus fort qu’une image, même très réussie ! Et n’a pas d’autre sens que d’être, un étant simple et brutal à consommer de suite, sur place et avec empressement ou lente gourmandise.

Un lever du jour en nature, comme un frais lavis dessiné à grands traits. Inutile de laisser sécher ! Chaque matin est un nouveau dessin …

 

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
Cet article, publié dans Billets et autres textes/Prose toujours !, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour Lever du jour

  1. RvB dit :

    Un texte qui me parle jusqu’au très fond de mon être, et résonne. Tu le sais. La peur primitive en moins, que je n’ai jamais ressentie, tant je me sens chez moi, là bas.
    Citadine, peut-être, mais avec un ressenti qui ne rend rien à l’homme des bois ! 😉

    J'aime

  2. Très belle, magique et vivant! Toi nous faits rêver. Merci infiniment pour ce cadeau, Colette en si mayeur!!!

    J'aime

  3. Un Bonjour.

    Mon jour se lève
    et à vous je me lève
    pour vous dire bonjour
    une salutation nouvelle
    pour fêter la fin de la nuit
    du sombre qui se couche
    pour laisser au lever
    de se détendre dans la clarté.
    mon jour se lève
    en même temps que le votre
    que je devine d’un matin calme
    un bonjour de vie
    avec le plaisir d’un sourire
    dans l’échange du votre.
    mon jour se lève
    et à vous je me lève
    pour dire bonjour…

    paul Andrews
    écrit le 27/04/2013.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s