Pourquoi avons-nous si peur du silence ? … petite philosophie du boudoir acte XXXIII

Dans mes moments de paranoïa intense, je ne peux m’empêcher de me demander si aujourd’hui, tout ne concourt pas à essayer de nous éviter de penser ; je m’explique ! A peine met-on un pied dehors qu’un envahisseur très importun vient immédiatement s’incruster dans notre paysage : le bruit ! Qu’il soit disharmonieux ou qu’il se veuille lénifiant ou agréable, il est là ! Partout ! Absolument partout !

Sur les quais des métros où il vous assourdit de ses scies musicales en boucle. Dans les restaurants où désormais, susurrer des mots doux ou simplement soutenir une conversation relève de l’exploit verbal, sans compter qu’il est impossible de garder un semblant d’intimité : vociférer pour couvrir le crincrin à haut volume qui déferle sur vous à peine la porte franchie, ne pousse ni à la réflexion ni à la confidence : JE T’AIIIIMMMME ! QU’EST-CE QUE TU DIS ?

Je passe avec pudeur sur ces lieux horrifiques et proprement monstrueux que sont pour moi les centres commerciaux et autres grandes surfaces, où il n’existe aucun endroit qui ne soit pas habillé de sons !  Absolument aucun ! Et il n’est pas aujourd’hui jusqu’à certaines salles d’attente où l’attente justement se berce des radios FM, et de leurs programmes stéréotypés ; Impossible dès lors, à moins d’une concentration mentale paroxystique  qu’un état maladif ne permet pas toujours, d’échapper aux tubes, aux jingles, ou, ce qui est parfois pire, aux récitatifs journalistiques jargonneux et dénués de vrai sens. Le tout étant censé apporter de la détente et délier les mœurs. Soit !

Mais ce bombardement de décibels sans aucun répit m’est proprement insupportable. J’y vois,moi,  une violation de mon espace intérieur, de ma bulle,  et surtout de mon droit de choisir ce qui me convient ! Désolée,  mais moi,  quand je mange, et à priori surtout lorsque je mange une divine gourmandise, je n’ai pas envie qu’un chanteur lambda vienne y planter ses fausses notes ! Ni d’ailleurs qu’on accompagne mes courses caddyesques de flonflons exaspérants !

Comme plus personne n’y réagit cependant, pas plus qu’à l ‘agression constante des affiches, panneaux, éclairages publicitaires si agressants, je me pose donc la question : à quoi ça sert tout ça ! Est-ce que ce matraquage sonore ininterrompu est censé participer à l’abêtissement programmé de la classe moyenne  laborieuse, qu’on sait concentrée dans certains endroits et qu’on doit pousser à la consommation sans distanciation ni sens critique ?   Avons-nous si peur du vide, du silence, du creux pour ne pas supporter le moindre intervalle sans bruit ? Avons-nous abdiqué notre libre arbitre, notre souveraine volonté qui parfois dit : non, je ne veux pas entendre ça ! Et s’autorise alors ce choix divin, le silence ! Je l’ignore, mais cette pollution sonore constante et grandissante m’interpelle et m’émeut !  Chaque fois que je le peux, je détourne donc mes pas de ces endroits, m’autorise à choisir rues détournées et lieux clos.

Bien sûr, on me ressortira sans doute la fameuse antienne de la loi de la majorité : une personne gênée  pour 100 satisfaites ou indifférentes. Mais justement, nous a-t-on jamais demandé notre avis sur ce point ? Non ! Y –a-t-il une alternative ? Non encore ! Vous me direz peut-être que par ces temps de crise, le nombre de chats à fouetter et qui a augmenté de façon si exponentielle,  rend ce questionnement tout bonnement ridicule ; alors là, madame Colette, franchement, vous déraisonnez ! Que nous veut-cet éclat d’humeur au sujet du  bruit ! Vous n’avez rien de mieux à faire mijoter dans votre marmite de mots ? Si fait,  j’ai en effet, mais il me semble que nous vivons aujourd’hui dans un milieu où tout nous échappe, tout se fait sans nous,  en nous faisant croire que c’est pour notre bien, que cela nous répond.

Il me semble aussi, mais peut-être ai-je des neurones simplement maigrelets, qu’il faut de l’espace et du silence pour penser. Un espace mental à privilégier et qui ne saurait se satisfaire d’un tohubohu continuel. Vous savez, quand on parle de pollution aujourd’hui et de préservation, on pense à nos poubelles, à nos lieux de vie ; mais qui se soucie de nos espaces intérieurs ? Et de leur corrélation au reste ? Hum ?

A titre d’exemple, certaines villes et certains villages de France ont fait le choix de limiter leurs éclairages, de sortir du tout lumineux tout le temps ; pas seulement pour le coût, mais surtout pour la qualité de vie. Redonner de la place à la nuit, aux étoiles. Pourquoi ne redonnerions-nous pas de la place au silence ?

Ca nous permettrait peut-être de mieux écouter ensuite ?

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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10 commentaires pour Pourquoi avons-nous si peur du silence ? … petite philosophie du boudoir acte XXXIII

  1. Françoise dit :

    tu poses une excellente question et tu y réponds très justement …. donc je ne remplirai pas cette case de mes commentaires bruyants mais laisse libre l’espace pour que nos pensées s’y déploient librement …. chuuuuuuuuuuuuut ;o)

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  2. longbull13 dit :

    Je partage entièrement ta réflexion Phédrienne , la pollution sonore permanente est une véritable agression ! le silence est une vertu 😉
    Bises

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  3. RvB dit :

    Précieux et rare.
    Même au fond de mes forêts je ne parviens pas toujours à le trouver…

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  4. Tu l’as si merveilleusement décrit et comme toi, je suis plus que gênée par les bruits, depuis toujours.
    Mais ce qui est encore pire, ce que, même en privé, les gens mettent tout le temps la télé ou la musique de fond.
    Je crois, qu’ils ont peur du silence qui le confronte à eux-mêmes et tâchent de couvrir les voix intérieurs qui réclament un peu d’introspection.
    J’ai deux grand luxes dans ma vie : le silence et l’espace…

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  5. Excellente article! Je suis allergique à les centres commerciaux et grandes surfaces. Nous avons le droit au silence.
    « Redoner de la place à la nuit, aux étoiles ». Oui!!! Où est-ce que je dois signer?
    Bises.

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