Quand les mots disparaissent, c’est l’esprit qui s’éteint, petite philosophie du boudoir acte XXXV

Je viens d’apprendre comme tout un chacun que le mot race va être banni des textes constitutionnels. Au bon motif évidemment que ce mot nourrit ou permet de nourrir de bas instincts et encourage la prolifération du racisme, justement.

Mais c’est se mentir que de croire que la censure des mots encourage l’évolution des esprits ; je crois bien que c’est tout le contraire, et je préfère l’éducation, l’élargissement des idées (lesquelles passent aussi par la maîtrise du langage) à une forme de bienséance verbale très aléatoire.  Pour en revenir à ce mot honni, il n’est qu’à regarder du côté de son étymologie pour s’apercevoir que l’on fait fausse route ; originairement, ce mot désignait « l’ensemble des ascendants et des descendants d’une même famille, d’un même peuple », autrement dit, faisait référence à une filiation. Ni plus, ni moins.

La belle devise qui orne le fronton de nos mairies, liberté, égalité, fraternité, si elle stipule l’égalité des droits des hommes, ne sous-entend nullement que la diversité, les différences,  les particularités physiques, psychiques ou culturelles ne doivent pas exister.  Et encore devrait-on en être fier, heureux, signer par là notre appartenance au  clan général des hommes, plutôt que de s’en montrer blessé ou ignorant ! Heureusement qu’elles sont là ! J’abhorre l’idée d’un monde normatif où se singulariser, s’individualiser devient un crime contre l’humanité ! Où le moyen, le normal,  doivent prédominer sur tout, en absolu. Où tous, nous devons nous ressembler !

En tant qu’écrivain,  je me demande aussi comment demain je pourrais décrire des paysages  et des hommes,  dont je ne pourrais citer aucun trait saillant sans voir débarquer Sos racisme ou être taxée de stigmatisation !   J’aime la différence qu’autorise le langage, j’aime la richesse de la pensée pluraliste, l’imagination créative, j’aime par-dessus tout la liberté de dire, sans tabous ni entraves.   A–t’on-jamais vu dans l’histoire que la censure ait réussi à éradiquer les mauvaises idées ? Non ! Cela passe par l’éducatif, la patience, l’apprentissage. L’ambition de croire que les hommes peuvent évoluer, et non qu’il faut leur faire ingurgiter de force des idées toutes faites ! Et leur imposer un vocabulaire autorisé de mille mots ! Sans plus connaître leur histoire et leur évolution…

Lorsque le catéchisme  politique s’empare du langage, il est aussi nocif que les religions et leurs systèmes inquisiteurs ! Lorsque les tabous s’imposent, ce sont des formes de vérités qui disparaissent ! Et qui de ce fait ne seront plus défendues ou améliorées. Croit-on vraiment qu’appeler un vieillard un sénior va le débarrasser du déambulateur ou  du dentier, ou de la solitude ? Ou qu’un technicien de surface trouvera moins pénible de se lever à l’aube pour faire le sale boulot ? Non, n’est-ce pas ?

Ce n’est pas pour moi un combat d’arrière garde que de vouloir défendre le libre usage des mots ! Tout passe par le langage, quel que soit le média utilisé. Le formatage de la pensée est le premier pas de toute aliénation, et qui ne peut comprendre ce qu’il lit ne peut être maître de sa propre pensée, et partant, de sa propre vie. Un apprentissage de toute une vie et un partage. Ce qui fait aussi de nous des animaux plus évolués…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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8 commentaires pour Quand les mots disparaissent, c’est l’esprit qui s’éteint, petite philosophie du boudoir acte XXXV

  1. D’accord et au combien avec ta révolte. bannir les mots au nom du politiquement correct m’énerve depuis si longtemps. Ne plus pouvoir dire : nain, sourd, Noir, n’a jamais rien changé à la situations de ceux gens-là.
    Quant aux seniors, ce ne sont plus les vieillards, nous les devenons à 42 ans. Beau, n’est-ce pas ?

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  2. Cela vaut toujours la peine de se battre contre l’absurde et pour un monde meilleur.
    N’abandonne surtout pas, toi qui sais manier les mots comme personne

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  3. RvB dit :

    Comme je te comprends, j’ai pensé de même à cette annonce, mais ce n’était pas aussi bien formulé…

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  4. Antonio dit :

    Absolument en phase avec ce petit coup de gueule philosophique !

    Notre société regorge d’euphémismes qui aseptisent le langage au point d’en perdre tout sens. Pourtant on les aime tout pareil nos gros, nos petits vieux, nos hommes et femmes de ménage, nos concierges que s’ils étaient des gens en surpoids, des séniors, des techniciens de surface (pour reprendre vos exemples) ou des gardiens d’immeubles ! 😉

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  5. Phédrienne dit :

    La sagesse parle par votre bouche, Antonio ! Merci !

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