Bim bam boum !…petite philosophie du boudoir, acte XLV

J’ai réfléchi ce matin pendant deux bonnes minutes à tout le temps qui serait gagné si chacun de nous consacrait les minutes réservées aux mauvaises pensées, particulièrement aux mauvaises idées qu’on se forge sur autrui,  à des choses positives, créatives, sucrées, et joyeuses. Prenant l’air devant ma fenêtre à peine remise de la touffeur du jour précédent, et dont les vieux montants de bois gémissent à chaque changement notable de température (mon logis est une femme très âgée, que ses rhumatismes font gémir), j’ai regardé d’abord passer sans indulgence aucune les voitures bruyantes et polluantes fonçant vers le centre ville. Ecouté deux mégères lever le ton sur le trottoir ; Avant de les transformer dans ma tête en personnages de BD : Bécassine contre  Betty Boop, madame Pierrafeu contre Bonemine, vous voyez le tableau. Impossible de ne pas commencer à sourire !

Puis j’ai lavé les fatigues de la nuit (fureur citadine et juillettiste, personne ne dort !) dans la lecture des Ideen de Husserl ; C’est parfait, Husserl : logique, précis, difficile à comprendre pour moi et donc, très propre à laver, par la nécessaire concentration et le retour à l’essentiel, tous les tracas contingents, ces petits agacements du quotidien. Ayant attendu en vain un texto me signalant le retour de l’enfant prodigue à son nid, j’ai préféré l’imaginer lové dans son lit et en proie à un bon repos salvateur. Les bras de Morphée sont un asile si doux qu’ils justifient tous les oublis, n’est-ce pas !

Dans le jardin, la petite table lavée de frais, le linge pendu sur la corde, paysage incongru en ville et qui me plaît bien, la vieille couverture oubliée dans l’herbe par des enfants joueurs, et sur laquelle on dévore des cerises et des BD, les jambes nues sous le soleil mordant, m’ont souri, à leur tour.

Comme un chien mouillé, je me suis secouée. Eclaboussant l’herbe de toutes mes petites manies, de mes agacements (tiens, la vieille mère machin ne me dit pas bonjour aujourd’hui, rhôoo, le cendrier pas vidé sur la table, et mince, plus de framboises, on a tout mangé !), jusqu’à être aussi nue, déshabillée de tout, que l’Eve d’avant la pomme ! Je ne connais pas de meilleur antirides de l’âme ! Remontant lentement les vieilles marches de pierre tièdes et polies sous mes pieds nus (j’avoue, je retire toujours mes sandales pour sentir cette délicieuse sensation, et puis les poètes, on le sait, préfère les semelles de vent !), j’ai retrouvé sous mon toit, le parfum flottant du café, l’envol des rideaux de voile mauve que le moindre courant fait bruisser de douceur, et les joues de mon fils !

C‘est alors que mon cœur a fait bim, bam, boum ! Refusant de battre en cadence militaire, de séquencer ses émotions vives en fractions de temps policé ! Et je me suis sentie si bien, que j’ai même envoyé par la fenêtre, un petit baiser à l’été…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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4 commentaires pour Bim bam boum !…petite philosophie du boudoir, acte XLV

  1. Un gros baiser d’été pour ce texte si rafraichissant

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  2. RvB dit :

    Très rafraîchissant en effet, et je retiens avec un grand sourire l’astuce des personnages de BD ! Ayant lu ton billet hier, j’ai pu l’appliquer dès ce matin : truculent ! 😉

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    • Phédrienne dit :

      Oui, c’est un très bon truc qui permet de désamorcer avec humour les énervements improductifs; J’en ai un autre quand on se trouve devant un personnage arrogant et pompeux: l’imaginer dans une situation grotesque ou une tenue saugrenue; imparable ! 🙂

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