Même les chiens ont leur statut, l’auteur et les autres… petite philosophie du boudoir acte XLVII

Le parcours d’un auteur est un chemin de passion et aussi un long chemin d’embûches. Oscillant entre plusieurs régimes dès lors qu’il diversifie ses activités (Les Agessa, l’Urssaf, la SCACD etc.), il possède rarement dans les nomenclatures une définition qui lui convienne. Mais l’obscurantisme administratif, lequel se complait encore de nos jours à remplir de petites cases avec une codification obsolète,  n’est que la partie immergée de l’iceberg. La non-reconnaissance générale qui accompagne dans notre pays l’activité intellectuelle et créatrice sous toutes ses formes (sauf lorsqu’elle est estampillée et validée par les élites), et qui reste largement répandue (combien de fois m’aura-ton demandé ces dernières années : et un vrai travail, ça ne vous tente pas ?) accompagne des indélicatesses tout aussi répétées et qui finissent par lasser, voire, qui représentent une véritable nuisance.

L’usage facile et qualitatif d’une plume (et ou d’un appareil photo)  incite en effet à demander très souvent le petit coup de main, le conseil, le coup d’œil gratuit, que l’on se sent parfois en peine de refuser, tant communiquer et en faire son job, incite au partage, parfois sans plus de réflexions. La soumission de telles demandes  ou la proposition de projets  auxquels on vous associe de façon plus ou moins officieuse, et pour lesquels même un merci est superflu ensuite, sont légion. Ecrire ne demande a priori rien en effet…sauf du temps et de la réflexion. De la recherche et de la documentation aussi, bien évidemment.  Il semble pourtant aller de soi pour les usagers des prestataires de services de les rétribuer, d’accepter la facturation d’heures liées à la maîtrise d’un savoir. Mais, tout le monde étant supposé savoir écrire peu ou prou, et tout le monde se prétendant aujourd’hui photographe, il est bien plus malaisé de faire reconnaître ce temps de travail pourtant non compressible.  Bien moins évident d’obtenir une élémentaire courtoisie des clients potentiels lorsqu’ils se désistent, oubliant purement et simplement de vous informer de leur décision et disparaissant de votre paysage sans crier gare. On a plus d’attention souvent pour son épicier ou son coiffeur ! Pourtant, dans tous les cas, se trouve un professionnel soumis aux pressions de son statut libéral et qui a besoin de manger, de renouveler son matériel, a des frais de déplacements, etc.

L’usage généralisé du net, s’il permet la diffusion large des images et des écrits, et la convivialité des partages, a aussi un revers bien désagréable à mes yeux.  L’emprunt au quotidien,  pour illustrer un article de blog, une info, de textes ou d’images dont les auteurs sont rarement cités !  Ce n’est pas un crime, évidemment et on peut se sentir légitimement flatté de l’attention !  Mais donner un nom, citer l’auteur d’un cliché, d’un texte, c’est le reconnaître dans son statut et dans son art, c’est absolument fondamental, tant l’argent  n’est pas le seul nerf de la guerre en l’occurrence. Il ne viendrait à l’idée de personne d’en user ainsi avec des gens connus, pourquoi le faire pour les autres ? Ce n’est pas faire preuve de manque d’humilité que de revendiquer fermement son métier, son art, la propriété intellectuelle  de ses œuvres; lequel d’entre nous accepterait sans regimber qu’on lui prenne un bout de son jardin, le contenu de son assiette ? Ou de voir son travail usurpé ? Personne, je le crois !

Dans ses récits de voyage, Nicolas Bouvier, que j’adore, faisait état du respect que l’écriture récolte encore dans certains états balkaniques, curieusement réputés sauvages chez nous !  Dans notre pays, qui a vu fleurir le siècle des lumières, j’ose penser que les cigales, dont on a tant besoin du chant, et qui ont bien besoin de pouvoir chanter en toutes saisons, ont toute leur place. Elle ne passe pas forcément  que par une réussite matérielle affichée, mais par le soin qu’on en prend, et le regard qu’on leur porte. C’est en tout cas, ce que je défends ici.  De toute ma conviction de femme écrivain.

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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8 commentaires pour Même les chiens ont leur statut, l’auteur et les autres… petite philosophie du boudoir acte XLVII

  1. Antonio dit :

    100% derrière vous !
    Affichez-vous, le prix avec, toujours, vos prestations sont de qualité, vous avez des références, un savoir-faire, l’expérience, une méthodologie, une pédagogie, la sensibilité et l’écoute (plus rare tant certains formateurs récitent plus qu’ils ne s’adaptent au besoin) … je me trompe ?
    Et surtout, comme dans un bistrot, les premiers à faire payer ce sont les amis, sinon vous allez faire faillite ! 😉

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    • Phédrienne dit :

      Merci Antonio, pour ce dynamique soutien, il est précieux ! Je crois essentiel de promouvoir en effet, à côté de ma propre personne, une grande foule de gens qui connaissent des situations identiques, et sans qui pourtant le paysage culturel perdrait de sa diversité, de sa richesse ! Une belle cause, n’est-ce pas ?

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  2. Si touchée par ton billet, Colette, j’ai aussi vécu chez les « sauvages », en Pologne socialiste où les intellectuels étaient portés en grande estime, même chez la population que ne les lisait pas.
    Inutile de te dire, qu’avec l’arrivée de la société de consommation, s’en est bien fini, hélas…
    N’empêche, qu’élevée dans le culte de livres, disques et autres domaines de l’art, j’admire tant les gens qui possèdent tes dons. Sache, que même si je te le répète à chaque post, tu es une merveilleuse artiste, qui manie le verbe comme personne et que tes photos sont magnifiques.
    Je comprends ta douleur et ta révolte, face à l’administration bornée ou ceux qui te conseillent un vrai travail. De tout cœur avec toi… Bisous

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  3. Phédrienne dit :

    Merci beaucoup Elisabeth, ce soutien me va droit au cœur ! Je crois qu’il existe un peu partout dans le monde les « intermittents de la culture », ceux qui sans subvention ni vrai statut s’essayent à défendre un pluralisme d’expression, une vraie liberté de créer. S’ils ne méritent pas plus de respect que les autres travailleurs, ils n’en méritent pas moins ! C’est donc, au- delà et à côté de ma propre démarche, la leur que je défends !

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  4. RvB dit :

    C’est remarquablement écrit, et tu as bien raison de sortir tes griffes, tu le mérites, ainsi que tous ceux que tu défends au travers de tes mots ! Courage !

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