S’accorder le droit de rêver…petite philosophie dans le boudoir acte XLVIII

471 copieCe matin, marchant dans les allées du parc auprès d’un ami cher, j’ai laissé mon esprit errer ; se déconnecter tout à coup du réel et s’échapper sans bruits. L’air était chaud, doux et parfumé. Devant moi, un tapis somptueux de volubilis dardait ses corolles violines et ses cœurs de chair ivoirine, nacrée, petites corne d’abondance où sans crier gare, j’ai glissé.

C’est drôle vous savez de glisser dans une fleur ! C’est doux, frais  et inquiétant, un toboggan de soie qui vous amène sans crier gare vers des dimensions inconnues. Lorsque vous commencez à imaginer que vous êtes happée par une fleur, il n’y a pas grand-chose qui puisse vous arrêter ensuite sur la piste des aberrations. Alice le savait bien, qui hésitait à peine à franchir le miroir au-delà duquel, tous les fantaisistes le savent aussi, commence un autre monde ; Imaginez un peu : un monde où par exemple en vous levant, vous n’avez simplement pas fait la petite chose, l’horripilante petite chose que vous exécutez d’habitude sans y penser.  Cela n’a l’air de rien, mais c’est le premier pas de votre 1789 personnel ! Holà sire, que diantre vous permettez-vous ? N’avez-vous pas osé poser votre royal orteil gauche sur le tapis au lieu de l’orteil droit au mépris du droit canonique ? Si fait mon bon, et tel est mon royal plaisir, demain je me lèverai sur la tête et peut-être même que je resterai au lit, ah mais !

J’en étais là de mes rêveries quand une petite abeille jaune a frôlé mon oreille, volant sur le dos et les pattes croisées derrière sa tête,  et qui m’a  murmuré en passant : ben, qu’est-ce que tu attends ?  Très bonne question madame ! J’attends que ce monde un peu fou, barré et assez désagréable par moments devienne gouteux, savoureux et séant, par exemple. La petite abeille a levé ses yeux au ciel, ce que je n’aurais jamais cru possible si je ne l’avais vu, m’a fait signe que j’étais folle et a continué sa descente sur un dernier bzz de mépris.

A force de glisser j’ai atterri dans un drôle d’endroit ; il y faisait chaud et moite, c’était velu et velouté, et en me penchant sur ce qui ressemblait à un petit balcon, j’ai vu l’herbe tout en bas et deux énormes pieds chaussés.  J’étais dans une oreille, ce qui n‘est pas si étonnant après tout, puisque dans un délire, tout est permis. De là, j’avais aussi une vue fort agréable sur quelques papillons blancs, qui volaient très sérieusement, parce que les papillons voyez-vous n’ont pas que cela à faire, il ne faut pas croire tout ce qu’on dit.

Les choses ne s’arrangeaient guère : j’étais venue là en quête d’images et d’échanges doctes avec mon ami photographe et voilà que mes neurones dansant la sarabande, vivaient leur vie pour eux-mêmes en se fichant éperdument de moi ! Cause toujours, nous, on fait notre vie ! A force de me concentrer néanmoins, j’ai fini par me retrouver devant les volubilis ou plutôt les volubilis se sont retrouvés devant une créature bipède et chevelue aux gros yeux écarquillés, qui les regardait avec l’air authentiquement crétin d’une mystique en attente d’apparitions !   J’étais devenue une fleur et cette drôle de chose devant moi me paraissait très énigmatique, voire dangereuse. Maintenant qu’elle était enfin sortie de ma corolle, n’allait-elle pas faire quelque chose d’encore plus farfelu, me manger par exemple ou m’arracher ? Ma copine la guêpe s’est posée sur moi, m’a regardée d’un air entendu et a rigolé franchement : ben dis donc, ils s’arrangent pas ces trucs là, c’est de pire en pire ! On se demande à quoi ça sert ! Et le volubilis d’à côté a confié dans un soupir : je suis sûre que ça vient de Mars ! Ca  peut  pas venir de terre un machin pareil !

A ce moment-là, le soleil s’est voilé. J’ai fermé les yeux une seconde, et quand je les ai rouverts, mon ami était à côté de moi, souriant comme toujours, avec son beau regard bleu et son air bienveillant. Je me suis trouvée un peu bête, n’ayant plus aucune idée de ce que j’étais et de ce que je faisais là ; cependant, la mer claire de son regard était bien une des choses dont j’aurais pu rêver ! Après tout, un ami, c’est une bonne façon de rêver non ? Je lui ai fais une grosse bise sur la joue.  Ca a fait bzz, et il m’a observée un peu bizarrement. Mais comme  c’était un rêve, j’ai juste frotté mes pétales avec mes mains et remis de l’ordre dans mes écailles, euh….vous me suivez ?

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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10 commentaires pour S’accorder le droit de rêver…petite philosophie dans le boudoir acte XLVIII

  1. Brillant rêve où on pêut sentir la nature et le bzz des abeilles… joyeuse délire ! J’adore.
    Bisous.

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  2. Reçu cinq sur cinq 😀 Quelle imagination !

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  3. Antonio dit :

    L’autre jour ma femme me dit, l’air de rien : « tu sais, des fois, tu pourrais m’offrir des fleurs… ».
    Mais moi, pas bête, je ne suis pas tombé dedans, vous pensez, après ce qu’on en lit de nos jours.
    Non, je lui ai acheté un aspirateur. Est-ce que vous vous êtes déjà laissé aspirer par un aspirateur ? … Ma femme oui… Depuis qu’elle est copine avec toutes les poussières de la maison, on ne fait plus bon ménage elle et moi.
    « C’est elles ou moi » j’ai osé lâcher un jour. Et les poussières toutes en choeur : « Au revoir ! … du bali ! … ahah ! »

    Où j’en étais, moi ? … Ah oui, faudrait que je passe un coup d’aspirateur dans mon appart’ … Oh, et puis, non… je vais aller m’acheter des fleurs au marché, tiens ! 😉

    Bonjour !

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  4. RvB dit :

    C’est barré, et ça me plaît ! Merci pour cette éclaircie de l’âme ! ;o)

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