Pourquoi la normalité est-elle toxique ? …petite philosophie dans le boudoir acte LIV

Il y a des mots comme ça, qui vous donnent le frisson. Ce petit réflexe répulsif qui vous dresse une rangée de poils sur le bras en rangs serrés. Parmi ceux-ci (il y a aussi fraise de veau, terrible ça, fraise de veau, incroyablement porteur chez moi de visions terrorisantes !), il y a ce petit vocable d’apparence tout à fait innocente, mais aux propriétés ravageuses : normal !

On le sait, le diable n’avance pas  à visage découvert, et prend bien soin de camoufler ses cornes et ses sabots sous le costume du père tranquille, de l’anodin et du passe-partout ; il est malin, le malin !

C’est donc sous cette forme paterne que cet envahisseur incongru se glisse dans les cerveaux en tout bien tout honneur et y sème ses petites graines toxiques.

Ce qui est normal, nous dit le dictionnaire est ce qui est conforme aux règles, et à l’ordre (du latin normalis, qui est droit, à l’équerre). Loin de moi l’idée de m’attaquer ici aux règles mathématiques et à leur besoin de rigueur, qui permettent à nos tours de tenir droit !  Mais tout de même, avez-vous réfléchi au nombre de fois où vous avez entendu ou prononcé vous-même ce petit mot sans creuser dessous ? Sans le relier au concept qu’il défend ?  La normalité nous dit-on, va de soi : il y a le  citoyen normal, la réaction normale, il y a même, glorieuse invention française, le président normal ! Cependant, qui cherche un peu va s’étonner de  certaines incongruités : tenez, par exemple dans l’appellation d’une des écoles de formation de nos élites : Ecole Normale Supérieure.  Il y a la norme basse, du tout venant et du petit, et la norme supérieure, qu’en dites-vous ?

Evidemment, qui dit absence de règles suppose l’anarchie, le chaos destructeur, la déréliction et la fin du monde civilisé. Cependant, ce dressage aux règles et aux normes, entamé dès le plus jeune âge (on entre dans ce système à deux ans, on en sort quand ?), contribue insidieusement à chloroformer les esprits, à dompter les rebelles, à ne plus douter de rien. Qui s’indigne, se questionne, revendique devant une absurdité, voit se radiner aussitôt monsieur Normal, qui vient d’une petite tape amicale sur l’épaule, l’inciter à rentrer dans le troupeau !

On me rétorquera peut-être que nous vivons en occident dans un système dit démocratique, où l’ensemble des normes est censé avoir été validé par le vote d’une majorité citoyenne. Mais nous trouvons au bout des deux chaînes qui attachent le citoyen lambda au pacte républicain, les mêmes gens : ceux qui gèrent l’apprentissage des connaissances  (les normaux supérieurs !),  qui les édictent et qui les font appliquer. Difficile dans ce cadre-là, de pouvoir regarder monsieur Normal avec la suspicion qu’il mérite !

C’est pourtant ce que je fais chez moi, où monsieur Normal n’est pas bienvenu ! Balayant devant ma porte, je le jette à grands coups de balais avec d’autres miettes importunes, quand il s’avise de vouloir se glisser dessous ! Oh, je sais bien qu’il est rusé et n’hésitera pas à utiliser le conduit de ma cheminée ! Mais je veille, et lui non plus, il ne passera pas !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
Cet article, publié dans Le boudoir philosophique, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Pourquoi la normalité est-elle toxique ? …petite philosophie dans le boudoir acte LIV

  1. RvB dit :

    Tout à fait en accord sur le fond, lui et Monsieur Standard ne sont pas les bienvenus chez moi non plus !
    L’humain abhorrant généralement le changement, qui lui fait peur, il ne faut pas s’étonner que nos décideurs se servent de ces deux là (et d’autres) comme de leviers endoctrinant le plus grand nombre dans un bruit de fond « rassurant ».

    J'aime

  2. Antonio dit :

    Est-ce bien normal en tant que rédactrice professionnelle de critiquer la normalité quand vous êtes normalement censé la défendre et l’appliquer dans l’écrit de détresse de vos clients ou patients dont les mots ont du mal à guérir de leurs fautes de syntaxes ?
    Non et tant mieux !

    La normalité nous attaque de toute part. On se marie, on fait des enfants, on exerce un métier, on est reconnu et pourtant on ne se reconnaît pas, on fuit, on les chasse, on devient compliqué aux yeux des gens normaux pieds et cerveaux liés aux chaînes de la normalité.

    « T’es trop compliqué », voilà l’expression du normal que j’exècre plus que tout. Moi qui simplement dit et fait ce que je pense, sans fausseté ni mauvais sentiment.

    Mais le pire c’est que dans l’excellence de l’originalité, de l’anormalité, on vous trouve toujours une case normale où vous ranger… « C’est normal, il est lui manque une case » … rrrrr ! 😉

    (ma première phrase est un prétexte à la suite, une pirouette du déséquilibriste mental… à ne pas prendre au 1er degré… normal quoi ! 😉 )

    J'aime

    • Phédrienne dit :

      Dans votre première phrase honnie, il y a un mos que je déteste aussi ( vous voyez, vous n’êtes pas tout seul !) : le trop ! Si vous saviez comme je l’ai entendu celui-là ! Donc, premier ou xième degré, moi, je vous entends, et je sais que vous m’avez entendue aussi  !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s