Qu’est-ce qui différencie un écrivain d’un épicier ? …petite philosophie dans le boudoir, acte LIV

Ce titre apparemment provocateur met juste le bout d’un doigt sur un gros quiproquo autour du travail de l’écrivain et du rédacteur ; je les associe volontairement, puisqu’exerçant sur les deux tableaux, je suis confrontée à une même évidence : la difficulté qu’a une personne lambda de concevoir qu’être écrivain constitue une passion mais aussi un métier véritable, avec ses savoir-faire et ses impasses. Partant du constat que l’écriture est un bien commun, beaucoup pensent en effet que tout le monde peut donc se prévaloir de savoir écrire, au même titre qu’aujourd’hui, tout possesseur d’un téléphone mobile performant peut se prétendre photographe !

Au-delà de ces prétentions dont on pourrait débattre longtemps, existe une réalité de fait : l’écriture ne s’improvise guère et lorsqu’elle se met au service d’autrui, sert d’autres intérêts que les siens propres, ne s’improvise plus du tout. Une grande vigilance associée à une connaissance solide, à des vérifications, à des recherches, sous-tend toute conception ou réécriture de texte. Une capacité à se projeter dans l’esprit d’autrui, à comprendre ses désirs, à absorber son dessein sans se substituer à lui, requiert maîtrise et équilibre. Et réclame du temps !

Je suis souvent surprise de l’incompréhension et de la méconnaissance qui entourent ma pratique ; Lorsqu’on ne me demande pas  «  à part ça, vous faites quoi dans la vie ? », on s’étonne parfois que je puisse vendre un service intellectuel, qui n’en est pas vraiment un ! Dernier exemple très concret à l’appui de cet étonnement : une cliente, pourtant très éduquée, me confie un texte à corriger ; s’étonne suite que je facture la totalité des pages relues, sans tenir compte du nombre de corrections faites effectivement, en occultant le fait que la vérification du texte a balayé en pratique son volume total, avec la même hyper vigilance, le même désir d’améliorer. Demande-t-on à son épicier de déduire du kilo de lentilles vendues, quelques lentilles imparfaites ? Demande–t’on à ne pas régler son médecin lorsqu’on l’a consulté pour rien, que l’on n‘est pas malade ? Non ! Cela ne viendrait à l’idée de personne ! Et bien, de même qu’il aura exercé ses connaissances et pris son temps pour vérifier votre état de santé, ou que l’épicier prend soin globalement des marchandises qu’il vous vend,   et passe du temps à s’occuper de son fond de commerce, le rédacteur aura  mis toutes ses compétences dans le travail fait, qu’il y ait ou non, ou plus ou moins de corrections effectives à faire !

Il n’y a évidemment dans ses mots aucune prétention ni volonté de confisquer ce merveilleux outil qu’est une langue : bien universel en effet et véhicule privilégié des échanges. Reste  à donner une juste place et à respecter le travail de ceux qui, chacun à leur manière, s’efforcent d’en faire un art et un travail véritable ! De la même façon que le travail du médecin et a fortiori, de l’épicier, sont respectés !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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6 commentaires pour Qu’est-ce qui différencie un écrivain d’un épicier ? …petite philosophie dans le boudoir, acte LIV

  1. Je comprends que tu souffres de la non-reconnaissance de ton métier et je suis vraiment désolée que tu doives te justifier. Savoir écrire est un don mais sans une grosse quantité de travail il ne s’exerce pas tout seul.
    Sache, que j’ai toujours admiré ta plume et si tu as d’autres clients mécontents, tu me les envoies 😀

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth
      Merci pour ton soutien ! Plutôt qu’en souffrir, je préfère mener bataille pour faire évoluer les choses et faire reconnaître mon métier qui est aussi ma passion ! Merci énormément pour tes mots !
      Amitiés
      PS : et je t’enverrais les récalcitrants, promis !

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  2. Tout à fait d’accord! Personne ne sache le travaille, l’effort pour devenir écrivain pour avoir une voix personelle riche et vraimente belle et d’une profondeur psychologique comme la tienne.
    Gros bisous!

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  3. RvB dit :

    Un appui à retardement de ma part également. Au delà de la bataille en elle-même, ta force à la mener – parfois au travers de cette tribune – ne s’est elle jamais étiolée au fil du temps. Tant que l’envie de se battre reste tout est possible, et je te souhaite de trouver un jour dans cette tempête du quotidien ces vents porteurs qui te permettront d’oublier ces amarres.
    Et pour les récalcitrants, je connais quelques endroits où les perdre… si jamais ça peut servir 😉
    Amitiés !

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