Le pêcheur et l’écrivaine, croiser les chemins… un apprentissage nécessaire ? …petite philosophie dans le boudoir, acte LV

Qui se ressemble, s’assemble, dit le proverbe, mais qui oublie de préciser que ce n’est pas forcément la meilleure chose du monde ; je m’explique ! A force de chercher la complémentarité, la ressemblance, l’osmose, on finit forcément par tourner en rond dans son pré carré (ce qui n’est pas la chose la plus confortable !), et se scléroser la tête. La tendance naturelle de tout un chacun (et je n’y échappe guère),  est donc de se constituer un cercle relationnel aussi proche que possible de ses propres goûts et affinités.  C’est rassurant et on peut aisément penser que c’est aussi pratique en facilitant rencontres et opportunités. Et cependant  j’ai acquis au fil des ans et de certains croisements du hasard, une expérience très différente en tachant d’ouvrir ma curiosité et mon peu de savoir à des expériences parfaitement différentes des miennes.

J’ai ainsi pu par l’entremise d’un compagnon très cher, croiser par exemple l’univers des pêcheurs. A priori, il n’y a pas de monde plus éloigné du mien que celui de ces hommes de terrain, obnubilés par leurs prises et leurs records. Pour moi, qui prône que l’amour de la nature passe par un respect absolu (on ne touche pas, on ne prélève ni ne détruit rien) la pratique de la pêche et paradoxalement, surtout en no kill, est difficile à appréhender et à comprendre. Néanmoins, poser mes livres et stylos pour aller dormir en pleine nature, écouter la nuit, sentir l’eau, avoir froid, et finir par tenir au bout d’une ligne un gros poisson bien vivant, est resté une expérience fondatrice : celle de sentir par le ventre, et non par l’intellect ce qui se passe autour de soi. Celle de se mettre à la place de,  dans la minutie des préparatifs, l’attente, le soin apporté ensuite à la remise à l’eau, etc. Celle de découvrir un univers neuf, de regarder et d’apprendre. Que cet ami  en soit donc ici  remercié ! Et peut-être, par le dialogue, d’initier chez l’autre,  le désir de vivre sa passion autrement, de la montrer différemment, de se remettre en question, d’agrandir son champ ! 

L’autre point d’achoppement de ma réflexion  est le constat, opéré maintes fois, que, quel que soit le domaine abordé, il existe aussi une forte tendance de chacun à s’accaparer ressource et conviction et à la promulguer comme vérité première. J’ai déjà abordé ailleurs le problème de la photo nature à cet égard et n’y revendrais donc pas, mais c’est vrai pour presque tout ! Pour en revenir au pêcheur, il aura parfois du mal à ne pas considérer que le bord de l’eau lui appartient et qu’il est le seul à le sentir vraiment, ce qui est évidemment faux. Tout comme le musicien peut parfois prétendre aimer et promouvoir la seule vraie musique, etc. Ou qu’un écrivain pourrait aisément n’écouter que sa propre voix…Des rencontres jaillit ainsi ce qui pour moi demeure essentiel : la remise en question de ce qu’on croit savoir, la capacité à s’expurger des idées toutes faites, à s’émerveiller devant ce qui est nouveau, autre, à ne pas refuser ni fuir, mais à s’approcher quand on le peut.  A ne pas sérier, et à aller au-delà des convenances et des pratiques pour dialoguer, aider, transformer.

C’est pour cela que sur mes profils, vous trouverez des contacts émanant de tous horizons, y compris de mondes que je maîtrise ou pratique peu ou pas du tout ! Lorsque j’étais adolescente, je disais, et c’est toujours valable, être émerveillée m’émerveille ! C’est ce que j’attends toujours des impromptus et des croisements de chemins, ici, ailleurs, maintenant et toujours !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour Le pêcheur et l’écrivaine, croiser les chemins… un apprentissage nécessaire ? …petite philosophie dans le boudoir, acte LV

  1. Pleinement d’accord avec toi, Colette, s’ouvrir à des mondes inconnus ne peut que nous enrichir et nous empêcher de nous scléroser dans nos passions, si fortes soient-elles.
    Comme tu dis : « sentir par le ventre, et non par l’intellect ce qui se passe autour de soi. Se mettre à la place de (….) découvrir un univers neuf, de regarder et d’apprendre. »

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  2. Phédrienne dit :

    Bonsoir Elisabeth
    Oui, je pense que c’est indispensable, qu’il faut sortir de soi et de son monde parfois pour rencontrer l’autre…Merci !

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