Clermont-Ferrand…petit billet instantané

Les villes de province ont toujours l’air de grandes dames paresseuses qui s’ennuient le dimanche…même les gares y ont un air propret toiletté à façon, l’air d’un gâteau de ménagère lissé à la perfection, mais sans originalité. Il y fait d’ailleurs dimanche presque tous les jours par les petites rues vides dès qu’on s’éloigne du centre, par ce silence enveloppant que même un chat rasant les murs ne dérange pas, ni le trottinement lent d’un petit vieillard que son chien promène plus qu’il ne promène son chien. Clermont est une des innombrables faces cachées de madame Bovary et on peine à sentir, sous son sage corsage, l’âme de la passion et pourtant…Le centre ville y est à la fois rieur et effrayant, car en hiver même à midi la lumière n’y pénètre qu’avec peine, et la bise souffle à ras des trottoirs des hautes venelles étroites comme autrefois. Je n’y suis passée moi-même qu’en coup de vent, mais ai embrassé au sortir du train ces visages multiples jusqu’au grand choc !

Celui de la dramatique cathédrale gothique noire, grave, austère et fantasmagorique, veuve lugubre et sorcière effrayante qui jaillit littéralement au sommet d’une butte alors que se heurtent presqu’à ses pieds les maisons anciennes environnantes ; j’en ai fait le tour trop vite, tête ployée pour recevoir l’existentielle menace des gargouilles, mais aussi le miroitement du soleil d‘hiver sur les vitraux anciens, je n’y suis pas entrée car la grand messe y était chantée avec conviction, chants bruissant jusqu’au dehors et dégageant une liesse presque inconvenante !

Je me suis amusée à recréer, quelque  minutes, yeux fermés, une ambiance d’autrefois car une bonne odeur de vin chaud et de beignet évoquait les oublies d’antan, et le marché qui devait se tenir à la place même des chalets de Noël et de leur pacotille…et dans une brasserie tout près, au vieux décor pavoisé, où montait l’odeur de l’aligot, les ripailleurs d’aujourd’hui ont fait écho très peu de temps aux trousse–chemise et aux traîne-misère du passé …sous le regard impénétrable et appuyé et les noires dentelles de la protectrice de la cité des Arvernes.

Instantané très subjectif, mais que je vous livre en passant, tandis que je retourne lentement au vingt-et-unième siècle !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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