Les grands ciseaux d’Anastasie…petite philosophie du boudoir, acte LXIV

Je ne nourris guère d’inimitié, mais franchement, Anastasie, je ne l’aime pas. Et pas du tout même ! Cette grande bique et sa paire de ciseaux acérés qui tronçonne idées et langage, et censure à tout va, n’est pas mon amie. Pendant un certain temps et sous couvert de la soi-disant libération des mœurs, j’ai bien cru qu’elle allait bon an, mal an, prendre sa retraite, ou mettre un frein à ses ardeurs. Mais au fil des années, j’ai bien dû constater qu’il n’en était rien ; la dame, quoique cacochyme, ne cesse de reprendre du poil de la bête, à croire que le vinaigre et la bêtise conjugués, ça conserve !

Il est vain pourtant de croire que museler une parole, l’édulcorer, entame les convictions bien assises qui prévalent à certaines expressions qu’on voudrait éradiquer. Empêcher de dire n’empêche pas de penser, encore heureux, mais ce qui est plus affligeant, c’est qu’en censurant à tort et à travers la parole d’autrui, comme c’est de plus en plus le cas dans les différents médias, on bloque le délicat et si précieux mécanisme de la prise de conscience et donc de la compréhension. Lequel reste un bon chemin pour évoluer et changer d’avis sur une question !

Quand la mère Anastasie nous dit : tais-toi !, elle ne nous explique en rien pourquoi il faut le faire et quelle vérité on défend. Et nous traite comme des enfants immatures auxquels il faut montrer comment penser et comment parler. Pire, elle fait la part si belle à la forme plutôt qu’au fond qu’on serait tentés à moins de se taire en effet, et de laisser les choses en l’état. Autrement dit l’obscénité de la chose réelle disparaît derrière son appellation censurée, comme par un coup de gomme magique !

Pour ma part, je suis donc exaspérée depuis longtemps par ces expressions toutes faites et cache- misère qui empêchent aujourd’hui de dire simplement par exemple qu’on est noir, blanc, ou autre (désolée mais je ne me vois pas me décrire comme laiteuse, opalescente ou diaphane), et qui interdisent littéralement de dire qu’on n’aime pas quelque chose ! Moi qui adore lire des auteurs anciens à la verve alerte et revendiquée, et qui, malgré un langage dit aujourd’hui « soutenu » affirmaient sans ambages leurs choix et leurs emballements, je me dis qu’aujourd’hui les trois quarts d’entre eux passeraient entre les ciseaux coupants d’Anastasie qui transformeraient leur beau verbe en salmigondis dégoûtant ! Quand sous couvert du respect des droits de chacun, on commence à lier la langue de tous, on peut se poser beaucoup de question sur ce qu’est et reste un esprit libre dans une société apte à accepter les différences, non en les taisant, mais en leur laissant une juste place…en opposant à la pensée unique un non définitif !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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