Famous ou la confusion des sens, petite philosophie dans le boudoir, acte LXV

Hier soir, j’ai assisté par hasard plus que par choix au vernissage de l’exposition itinérante Famous, qui donne à voir une sélection de portraits en noir et blanc de célébrités, prises des années 60 aux années 90 par deux célèbres paparazzis, Bruno Mouron et Pascal Rostain. Une sorte de challenge pour moi, pour qui la pratique des paparazzis est le degré zéro de l’expression journalistique, qu’elle réponde ou qu’elle crée elle-même une clientèle. Cependant, j’ai tiré de l’événement plusieurs éléments de réflexion. En premier lieu, que les clients du sponsor (une banque célèbre) ne regardaient guère ce qui les entourait (à peine une personne sur 10 s’est donné la peine de regarder avec attention, les autres étaient compactées dans les allées à bavarder). Ensuite, et ce n’est guère une surprise qu’au strict point de vue photographique ces photos n’avaient pour leur grande majorité aucun intérêt du point de vue de la lumière, du cadrage etc, ce qui se justifie par leurs conditions de prise : deux portraits néanmoins sortaient du lot et accrochaient le regard dont un profil d’Orson Wells et un portrait de Gainsbourg (dans les deux cas, le regard n’était pas dirigé sur le preneur d’images, ce qui explique peut-être cela).

J’ai également prêté une grande attention au discours du directeur de l’endroit, visiblement très fier d’avoir introduit de l’art dans « sa » maison, et rappelant que la photo, entre autres, fait rêver, oubliant par ce propos qu’en l’occurrence, ce qui faisait rêver certains n’était que l’objet photographié et non la réalisation elle-même, ce qui n’est pas la même chose.

Enfin, j’ai écouté avec beaucoup d’attention le discours des photographes eux-mêmes, dont l’un a remercié le directeur d’avoir eu le culot d’inviter une expo dont le succès n’était pas encore certain (on se demande pourquoi il pouvait ne pas l’être puisque l’expo générique était abritée au Palais de Tokyo avec force publicité), a signalé aussi que ce qui plaît aux gens, ce ne sont pas les belles photos, mais celles qui montrent la supposée vraie vie des stars ! Et c’est là que repose selon moi la plus fine supercherie : essayer  de faire croire aux gens que l’acte photographique, même et surtout lorsque la photo est volée, traduit une quelconque forme de vérité, ce qui pourrait légitimer cette pratique, alors qu’une photo suggère mais ne raconte rien d’autre que ce que l’on veut faire croire, ce pourquoi les légendes qui les accompagnent ne sont jamais neutres.

Est-il scandaleux de faire entrer les paparazzis dans les expositions ou au musée ? Non, si on les montre et classifie comme symboles d’une pratique médiatique témoin de son temps. Oui, si l’on veut nous faire croire qu’il s’agit d’art (étant précisé que les deux photographes, eux, ne se prétendent pas artistes). Mais c’est à chacun d’en juger…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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