Puisque les rois ne sont pas morts…petite philosophie dans le boudoir, acte LXVII

J’ai longtemps été fascinée par l’histoire de la révolution française, laquelle a fait rêver des millions de gens et inspiré des courants politiques partout sur la planète, si elle a terrorisé en proportions égales  !  Avant de comprendre qu’il ne suffit pas de couper des têtes pour éradiquer des modes de pensée, une conception de la société bien plus ancrés qu’on ne le croit pas dans nos pratiques. Qu’était au fond la France d’ancien régime ? Un lieu où l’inégalité des droits et des richesses se pratiquait au quotidien sous la houlette de la noblesse, du clergé et des fermiers généraux. La grande  invention géniale qui avait permis cela était la notion de royauté de droit divin : un roi qui tient son sceptre directement des mains de Dieu, quoi de mieux pour légitimer tous les abus ?

Sous cette houlette royale, les noblesses d’épée, puis de robe, ont pu construire durant des siècles des privilèges exorbitants, avant que l’émergence d’un nouveau courant bourgeois et marchand, éduqué, ambitieux  et bien décidé à prendre le pouvoir, ne lui ravisse la place : ce changement de califat si je puis dire, ne s‘est hélas accompagné d’aucun changement réel de valeurs. La substitution de symboles nouveaux ( l’arbre de liberté, le drapeau tricolore, la Marseillaise, etc.)  au lys et à la couronne, n’a au final pas changé tant de choses, puisque sous couvert de démocratie, on retrouve aujourd’hui un système tout aussi écrasant pour les gens de peu, les ordinaires,  et tout aussi valorisant pour les castes privilégiées qui ont simplement été transférées vers d’autres têtes : celles des financiers et des oligarques ( encore que le nombre de puissants issus  de l’ancienne aristocratie soit légion). C’est bien plus pernicieux qu’autrefois, car cela se déguise sous des semblants de démocratie et de systèmes de protection censés être égalitaires : égalité supposée des droits et des chances, mais qui éclate comme une bulle dès qu’on y regarde de près ; il suffit de s’intéresser à notre système éducatif et à sa redoutable machine d’éviction à retardement (passé le bac, le péquin de base aura de  plus en plus de mal à gravir les échelons et le milieu social d’origine des élèves des prépas de prestige parle de lui-même).

Même notre système de suffrage est un voile jeté sur des abus de tous genres, puisqu’il s’appuie sur une abstention massive des classes populaires (non éduquées, désabusées, etc.), sur un cumul de mandats et de droits qui devrait nous indigner profondément mais dont ne tenons pas cas, et sur une corruption généralisée du système, tous échelons confondus. La cerise sur le gâteau est que là encore, ce système s’enracine sur le consentement tacite des masses, qu’on se garde bien d’éduquer et qu’on maintient dans des protocoles vicieux d’assistanat et de grands messes populaires qu’un César n’aurait pas reniés ! Et sur l’indifférence des autres, plus occupés à défendre leur petit clan personnel et à préserver leur part du gâteau, qu’à réfléchir à un mieux-être commun.

Je suis donc à ce sujet dans un véritable état de fracture intérieure : ce que je vois m’indigne à un degré exponentiel et me donne régulièrement l’envie de crier. Mon éducation et ma profonde aversion pour toute forme de violence impossible à légitimer me ligotent un peu les bras et je me retrouve de ce fait dans le camp des chiens qui aboient, mais laissent faire ! Que faire devant des potentats, des rois de la finance dévastateurs et accapareurs des ressources humaines et matérielles ? Résister, mais cela ne suffit pas. Refuser, mais cela ne suffit pas. Lutter au moins avec mes mots, ce que je fais ici et maintenant !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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4 commentaires pour Puisque les rois ne sont pas morts…petite philosophie dans le boudoir, acte LXVII

  1. Antonio dit :

    AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

    Je crie avec vous. Ca ne fait pas avancer le débat mais ça fait du bien 😉

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  2. RvB dit :

    AAAAAaaaaaaaaaaaaaaahlors soyons trois… car à force de crier en dedans, je ne trouve plus mon silence intérieur !

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