La petite victoire du hérisson…petite philosophie dans le boudoir, acte LXVIII

3015Nous étions trois sœurs. Posées dans la tourmente d’une enfance malmenée. Il existe, on le sait, une généalogie du malheur, grand ou petit, comme il y a, sans aucun doute, son contraire. Perchées sur cette sorte de malédiction familiale qui avait produit notre arbre parental assez tordu, un couple aussi  mal assorti que possible, deux créatures fragiles et sans méchanceté, ne sachant pas être heureuses ensemble, les trois fruits très différents que nous étions n‘avaient guère de chance de chanter en harmonie dans un nid familial instable. Trois fruits ou trois zoziaux au ramage un peu fort, au plumage assez ébouriffé : ou encore, trois hérissonnes, dont il fallait chercher le cœur mou et doux, en s’étant bien frotté aux piquants ! Rassurez-vous, je ne cultive aucune nostalgie, et ne livrerai rien d’autre de cette enfance sans aucun intérêt pour autrui.

Ce qui m’intéresse en revanche, ce sont les si longs méandres qui, au delà des conflits, des erreurs de jugements, de cet  embrouillamini silencieux qui vient traîtreusement glisser ses ramifications dans ce qu’on appelle, à juste ou à mauvais titre, les liens du sang, (un truc qui m’est étranger, je vous l’avoue, moi, je ne tisse que les liens du cœur !),  permettent, en y mettant du temps et de la volonté, de restaurer et de construire. De sortir des ressassements, des remâchages, de la réinterprétation subjective que sont les souvenirs du passé (un mauvais brouet qu’il vaut mieux éviter de recuire), pour faire du neuf en effaçant l’ardoise et en changeant, si je puis dire, la focale de son regard sur l’autre.

On n’apprend pas aux gens à s’aimer, ni à aimer les autres, en partant du principe que c’est une chose naturelle et innée. Je ne le crois pas du tout pour ma part et je pense qu’au contraire, c’est un apprentissage très lent, où les différences de tempéraments, d’idées, de choix, de nature, doivent lentement converger pour qu’un dialogue soit possible. Y compris justement avec ceux qui vous paraissent si proches (parents, enfant, fratrie)! Pour qu’en cas de tempête, les petits rafiots personnels que nous sommes et qui naviguent au mieux, chacun sur sa trajectoire et en pensant avoir le meilleur capitaine,  mettent le cap sur un point ou un port commun et mettent leurs moyens en commun pour vivre mieux  Ca ne transforme jamais les hérissons en roses  (ça se saurait), mais cela  reste tout de même la meilleure réponse à apporter pour couper fermement la chaîne qui enferme les gens dans leur passé ; et alors là, quel vent de liberté ! Nous sommes toujours trois soeurs, éternellement différentes, fondamentalment liées, avec un gros quelque chose en plus !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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4 commentaires pour La petite victoire du hérisson…petite philosophie dans le boudoir, acte LXVIII

  1. C’est mignone cet hérisson! Je suis avec toi, je partage l’idée sur les liens du coeur, plus forts que les liens du sang… Bravo!

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  2. RvB dit :

    Tu donnes une fois de plus beaucoup dans ce billet, qui me parle profondément, tu n’en seras pas surprise !

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