On ne prête qu’aux riches et vous, à qui prêtez-vous ? Petite philosophie dans le boudoir, acte LXX

Ce n’est rien de dire que notre univers est matérialiste. Avec la religion, l’argent fait partie de ces créations civilisationnelles à double tranchant, aussi bien facteurs de progrès ( ou de facilités) que de dérives sanglantes et sont les vecteurs en tous cas de formidables inégalités. Depuis toujours  je me demande donc d’où vient notre apathie devant cette situation et notre amour inconsidéré de l’argent. C’est en effet le nerf de la guerre et aussi le sujet qui fâche, cristallise et catalyse toutes les crispations entre les individus.

Dès qu’il arrive dans une conversation, dès surtout qu’il entre en jeu, y compris au sein des familles soudées et unies, tout se fissure et lâche ! Par cette forme de transsubstantiation que l’homme opère souvent, de moyen, il est tellement devenu une fin en soi que la lésine, l’accaparement, le repli l’accompagnent souvent, même chez des gens charmants !

Personnellement, je ne lui voue aucun affect, ni aucune forme de cette admiration stupide qui fait béer les chalands devant une voiture ruineuse ou quelque parure de bijoux : confondre la beauté intrinsèque d’un objet, avec sa valeur monétaire me confond moi justement ! Et si j’ai troqué une confortable vie bourgeoise contre celle beaucoup plus aléatoire d’artiste un peu bohème, ce n’est pas non plus le fruit du hasard, mais celui du choix et du tri des valeurs qui m’entourent. L’argent, quand on en dispose, devrait rendre souple, généreux et libre : c’est tout le contraire qui s’opère et la célèbre parabole du cordonnier et du savetier l’illustre assez ! De ce fait et à la façon d’un miroir magique, il révèle souvent les aspects les moins séduisants que nous cachons soigneusement le reste du temps.

Il y  a  2 ou 3 ans, je suis allée écouter une conférence donnée par un monsieur qui avait traversé une partie du globe en vélo en logeant chez l’habitant : il avait constaté avec amusement que, alors qu’il avait été reçu partout avec générosité et simplicité, cet accueil était devenu de plus en plus difficile puis, proprement impossible  au fur et à mesure qu’il se rapprochait des pays les plus aisés  de l’Europe. Faut-il s’en étonner ? Il est évidemment devenu compliqué d’ouvrir sa porte à un inconnu, le mythe de la peur et du rejet étant largement répandus un peu partout aujourd’hui, et en cela je ne diffère pas des autres.

Mais, lorsque cette peur et ce rejet se projettent aussi sur nos proches et nos voisins, en vivant dans la terreur qu’ils veuillent nous emprunter quelque chose, profiter de nous, on peut se demander si ce que nous avons bâti vaut justement quelque chose ! Non que l’on n‘ait pas le droit de disposer librement d’un bien parfois chèrement acquis au prix d’un travail, etc ! Mais la pièce qu’on ne donne pas à l’ami, au frère, au voisin dans la nécessité, autant que le mépris qu’on se sent le droit d’afficher pour ceux qui réussissent moins bien que nous, tous ceux dont on n’observe que la surface peu reluisante parfois au détriment des valeurs de vie défendues, a un taux de dévaluation exorbitant : celui de la valeur humaine vécue et partagée…Ne prêtz donc rien mais donnez ! Un peu de vous à tout le moins, le reste ira tout seul…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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8 commentaires pour On ne prête qu’aux riches et vous, à qui prêtez-vous ? Petite philosophie dans le boudoir, acte LXX

  1. RvB dit :

    Je ne suis vraiment pas étonné de me retrouver en symbiose avec toi sur ce point là !
    Je passe donc surtout pour souligner les deux dernières phrases, définitivement positives, que tu parviens à placer avec ta générosité habituelle !!

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Hervé
      Je ne peux pas concevoir de continuer de vivre dans un monde où aucune porte de sortie ne se présenterait, et j’essaie même d’en ouvrir. Merci Hervé!

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  2. Encore un beau billet, Colette, auquel j’adhère complétement…
    Et je dis toujours, que si on arrive à être heureux sans, avoir de l’argent permet de faire tant de bien autour de nous

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth
      Je t’avoue que je me sens très seule et isolée dans cette pensée vis à vis de mon entourage immédiat. Car ce détachement là, je l’ai compris toute petite, quand un rêve de possession venait en remplacer un autre et que j’ai réalisé que cette spirale était sans fin quand on y tombe. CeE ne sont donc pas de belles paroles moralisantes mais une vraie façon de vivre qui rend en effet libre, libre et disponible pour d’autres pensées et d’autres liens. Merci pour cet accompagnement !

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      • Je comprends que tu te sentes seule et incomprise mais c’est le prix à payer pour sauvegarder tes valeurs, dans ce monde d’avoir, pouvoir, valoir…
        Mais puisqu’elles ne pourront jamais être les tiennes (et tant mieux), reste comme tu es, et je t’assure, nous sommes de plus en plus nombreux à prôner notre justesse et nos choix de vie.

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  3. Antonio dit :

    L’argent, j’ai eu bien des réflexions à son sujet, à assister impuissant à tous les abus, fraudes, et surtout inégalités dont il fait l’objet. Comment changer la donne ? Comment se débarrasser de ce syndrome de la peur de le perdre, voire juste de le partager ?

    On met tout sur la table, on règle nos dettes, on redistribue ce qui reste. Les plus riches se sentiront lésés au premier abord, mais au fond ils seront soulagés de ces si lourds coffre-forts qui pèsent sur leurs peurs.

    Et puis l’idée : rendre la monnaie périssable, comme une denrée. Ce billet a une date de péremption à fin février, sans quoi il retournera au pot de l’Etat pour les besoins tous. Alors donnez de bon coeur ! « Tenez mon bon monsieur, dix euros à consommer avant demain ! »

    Du coup gagner trop n’aurait pas d’intérêt, économiser pas de sens, on travaillerait ce qu’il faut pour la semaine, l’argent pourrait alors se rééquilibrer un peu plus et les commerces se recentrer sur l’homme et ses besoins. Et non pas comme aujourd’hui générer toujours plus de bénéfices.

    Des idées j’en ai plein, aussi farfelues et irréalistes, mais ce qui compte c’est d’en chercher pour refaire de l’argent un moyen et non une finalité.

    Votre billet, en tout cas, a une valeur bien plus estimable que ceux que j’ai pu avoir entre les mains 😉

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Antonio
      J’adore votre idée de l’argent périssable, ce serait génial ! Mais je crois aussi qu’il ne faut pas s’abriter derrière l’idée que le système actuel ne tient que par la volonté corrompue de quelques édiles. C’est un empoisonnement plus général qui rend les gens méchants et durs entre eux des plus bas échelons au plus haut niveau. Je ne suis pas prête pour autant à donner la moitié de mon manteau à un pauvre hère, mais je m’essaie vraiment à prôner d’autres richesses que celle-là ! Une de mes tantes avait d’ailleurs un proverbe que j’aimais bien : onn ‘a jamais vu un coffre fort suivre un enterrement ! 🙂

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  4. Phédrienne dit :

    Pour ElisabethTout mon choix de vie se « paye » en effet au prix de la solitude mais ce n’est pas une souffrance en soi, parce que le solitaire est aussi celui qui est constamment libre pour la rencontre et le partage, en sachant ne rien retenir, et ça , justement, ça n’a pas de prix 🙂 !

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