L’instant d’avant…

 

Une petite pulsation terrible enserrait mon crâne. Courant dans mon sang, depuis les tréfonds de mon corps, elle marquait, implacable, l’appel de la fièvre : bam, bam,bam.  Mon cœur bondissait anxieux, dans son logis devenu trop étroit et les draps de mon lit étaient une rivière sourde et ardente où je coulais à pic, aussi trempée qu’un nouveau-né glissant de l’utérus maternel.

Chaque petite maladie vous ramène ainsi à la réalité brutale du corps, qui grossit, occupe tout l’espace, devient l’unique obsession de votre esprit accaparé par une toux récurrente, des jambes cotonneuses, ou ce joli teint ivoirin qui plaque son masque sans rien vous demander et vous transforme en quelque chose de moins joli à regarder.

L’instant d’avant, j’étais cette chose mollassonne, chiffonnée et vaguement suspecte, une petite Soufrière tisonnant chacun de mes tympans, tandis que je m’efforçais, mot après mot, d’écrire prestement, de finir une commande dans les délais, on est ou on n’est pas professionnel, non mais. Et un écrivain le reste jusqu’au fond de son lit !

Et puis, l’instant d’après, un rayon de soleil long comme le bras et sa lumière tintinnabulante sont venus jusque chez moi défaire les draps, me conduire à la fenêtre et  m’exposer dehors un panorama veiné de bleu et de rose, où seul un très léger voile de mariée couvrait encore les épaules de la ville : j’avais des amis à voir et un décor à regarder !

Comme  un lever de rideau  sur un théâtre saisonnier, les heures déroulées ont dessiné brin à brin, et fleur à fleur un de ces impromptus léger et volatile comme une crème et qui vous défroissent l’âme en moins de deux. Présence d’amis très chers, un à droite, un à gauche, marche de conserve dans les allées toutes neuves du parc Blandan ; long serpent de sentiers blonds marquant leur fantaisiste démarque entre de laids blocs d’immeubles soudain réduits à l’usage de légo. Longs parterres de bébés titubant, d’amoureux bégayant, de premier baiser affleurant sous l’œil vigilant de quelques mouches et de deux vigiles longanimes, et ces chants d’oiseaux tellement neufs, jaillissant  en gouttes de sons ici et là. Absurde atmosphère de liesse bon enfant saluant l’arrivée des beaux jours avec une simplicité extrême, et tous ces corps amoureux de la terre, jonchant l’herbe à peine sortie pour rester là à jouir du moment. Juste du moment.

Il y a beaucoup de façons de chercher son Eden dans la vie. Mais souvent, sans qu’on y peine beaucoup, sans qu’on s’exalte de grands mots, de grandes idées  ou de grands gestes, et alors que l’instant d’avant, tout restait laborieux, quelques secondes de perfection s’égrènent : et tout est là !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour L’instant d’avant…

  1. RvB dit :

    Frissons, mais pas de fièvre.
    Prompt rétablissement Colette !

    J'aime

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