Mais qu’est-ce que j’aimerais ça ! … petite philosophie dans le boudoir, acte LXXV

Pas d’images, juste des mots. Encore ? Encore ! Parce que voyez-vous, moi, j’ai souvent de ces étouffements mentaux, de ces asphyxies lentes qui enserrent votre gorge peu à peu. Ca fait d’abord comme une main posée sur la poitrine, ça oppresse juste assez le souffle pour qu’on s’en agace et puis, ça devient plus lourd, non pas une enclume (ce serait trop), mais au moins une pierre logée là, poum, juste sur le cœur et ça appuie. Alors je prends mon souffle, HAAAAN et je regarde : des gens qui parlent tout seuls, qui parlent d’eux indéfiniment, des gens qui parlent faux, qui truquent avec élégance, se font mousser, ou alignent les avis tout faits, le même geste mécanique reproduit à la même heure, l’absence de fantaisie, celle des autres et puis la mienne. HAAANNNN ! Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu avances ou tu restes là ! Mais il n’y  a rien à voir, alors bon, avançons !

Je poursuis, un pas derrière l’autre. Tiens, qu’est-ce que c’est beau, cela ! Juste un reflet posé là à droite du pont, un rai scintillant de ce beau vert tintorétien (ça se dit ça, on s’en moque !) et puis plus loin, une dame rousse.  Ouf, je respire ! De cette couleur profonde des châtaignes ou des marrons,  soutachée d’or, de brun, une ode à la nature à elle toute seule. C’est plus fort que moi, le roux m’hypnotise, une vraie obsession ! Qu’est-ce que j’aimerais bien la suivre juste pour regarder encore ! Mais ça va faire bizarre, non ? Bon, après tout, pourquoi ne pas lui dire : rassurez-vous, je ne suis ni monomaniaque (encore que) ni déviante, je trouve votre chevelure somptueuse et éloquente ; mais ça ne va pas, non ? Elle va te prendre pour une cinglée….bon !

Plus loin, toujours plus loin, autre obsession, autre rencontre hautement probable, je ne sais pourquoi ! Mais chaque fois que je muse dans les rues, arrive toujours l’instant magique où une musique me hèle, me fait signe, m’attrape et me ligote : un jour, c’était un saxophoniste planté sur l’autre berge du Rhône et qui jouait comme s’il allait mourir. C’était beau,  vous ne pouvez pas vous l’imaginer ! Une longue plainte hérissée et souple, dessinant ses arabesques dans l’or du soir. Je respirais, je respirais ! Une autre fois, descendant comme une grâce divine  sur le pavé que je battais selon l’usage  (j’adore cette expression !), du piano, léger et sautillant comme du Satie mais je serais bien incapable de vous dire ce que c’était.  Qu’est-ce que j’aimerais dans ces cas-là remonter la piste, toquer à la porte, entrer sans y être invitée, écouter et puis repartir ! Je n’ose pas, alors je m’assois (Si vous voyez dans Lyon ou Villeurbanne une dame à lunettes assise sur le trottoir et qui a l’air d’avoir vu des martiens, il y a de fortes chances que ce soit moi !).

Si j’y réfléchis bien et si j’amasse tous les « qu’est-ce que j’aimerais » que j’ai pu laisser naître dans ma tête, ça fait un beau paquet de frustrations, dites donc !   Pas étonnant que je m’asphyxie ! Mais quelquefois, j’ose ! J’entre n’importe où, je regarde, je questionne. Posant mes petites peurs, mes petites stases stériles, j’y vais ! Et alors là, le nœud se desserre, un grand souffle marin s’insinue, gonfle ma poitrine, et me dilate aussi les zygomatiques par la même occasion. Mais qu’est–ce que ça fait du bien ; mais qu’est-ce que j’aimerais recommencer sans fin !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
Cet article, publié dans Billets et autres textes/Prose toujours !, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Mais qu’est-ce que j’aimerais ça ! … petite philosophie dans le boudoir, acte LXXV

  1. Alors OSE, plus souvent… pour toi et cette pierre qui t’étouffe mais aussi, parce que ce genre de réactions spontanées est souvent très bien accueilli et peut rendre les gens heureux. Y as tu pensé ?.. ça arrive, je le fais souvent et si on me prend pour une folle 😀
    J’adore tes mots…
    PS. Si tu vois des martiens, préviens moi, je les guette aussi 🙂

    J'aime

    • Phédrienne dit :

      Bonjour Elisabeth
      Tu as parfaitement raison sur ces points et pour les martiens, pas de soucis, ce sera fait. Et puis, j’ose donc : tu es une belle personne claire et chaleureuse, et ça fait du bien !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s