Lire de la poésie dans le train…petite philosophie dans le boudoir, acte LXXVII

 

L’unique

Elle avait dans la tranquillité de son corps

Une petite boule de neige couleur d’œil

Elle avait sur les épaules

Une tache de silence une tache de rose

Couvercle de son auréole

Ses mains, et des arcs souples et chanteurs

Brisaient la lumière

Elle chantait les minutes sans s’endormir

Paul Eluard – Capitale de la douleur

Parmi tant d’autres, ce doux poème d’Eluard, chantant sur les rails qui me ramenaient à Paris, au milieu d’une rame de TGV bondée, apportait sa brise. A côté de moi, un pasteur austère lisait sa bible avec une mine renfrognée et pleine de componction. A peine avait-il répondu à mon bonjour et à mon sourire : Dieu, c’est sans doute bien plus sérieux que cela ! Je résistais à l’envie de lui murmurer à l’oreille  ces vers-là, sans doute inintelligibles à son entendement. Où de me lever et de les clamer à tue-tête pour rompre les amarres des conversations de train, qui sont parmi les plus ennuyeuses.

Capitale de la douleur ! Qui m’emportait vers l’autre capitale, celle de mes ferveurs cachées, de mes rites adolescents, de son printemps charmeur !

Le train scandait sa musique, sa cadence hypnotique et dans ma tête se  déliaient musicalement les vers, parfois sans queue ni tête, souvent musicaux et troublants, de Paul :

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens…

Il n’y a aucun lieu qui ne soit propice aux enchantements, pas même une bête banquette de train, qui vous coince à côté d’un ou d’une inconnue, parfois revêche ! Mon revêche du jour aura été surpris, je le gage, de mes sourires éblouis, de mes hochements de tête, de ma voix murmurant, parce qu’elle en avait trop envie, ces vers là :

Ta bouche aux lèvres d’or n’est pas en moi pour rire

Et ces mots d’auréole ont un sens si parfait

Que dans mes nuits d’année, de jeunesse et de mort

J’entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde

Et moi, doublant mon voyage terrestre de cet autre voyage de rimes et de lumière, j’aurais franchi le mur du sens, dans un même élan…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour Lire de la poésie dans le train…petite philosophie dans le boudoir, acte LXXVII

  1. Antonio dit :

    Une bien belle invitation au voyage.
    Merci !

    J'aime

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