Comment je m’amuse avec moi-même…petite philosophie dans le boudoir, acte LXXVIII

 

4242Il n’y a qu’une chose que j’envie aux anglais, c’est leur célèbre bon sens, même si je nourris quelques doutes sur sa perduration. Pour  moi qui ai été élevée sous les doubles auspices du cartésianisme gaulois et du calvinisme intransigeant, il m‘est souvent aussi difficile d’avoir de la dérision que du génie. Le commun des mortels s’en passe très bien, mais moi, cela me gêne assez souvent.

 

Donc, lorsqu’il m‘arrive de cesser de me prendre au sérieux et de cogiter sur les innombrables difficultés de mon existence, je me laisse parfois aller à mon goût (pas si secret, je vous l’accorde) de la fantaisie et du jeu (je n’ai pris que la seconde option de ma proposition ci-dessus, parce que le génie, ça ne peut pas se travailler ni s’attraper, hélas, il me faut donc faire sens, sans !). Je fais alors joujou avec tout ce qui me passe par la main et l’esprit : petits objets familiers détournés de leur fonction, cuisine bizarre, déco à ma façon ou mots à jongler, juste pour le plaisir et pour relâcher l’insupportable pression qu’exerce mon cerveau lorsqu’il tourne lourdement sur lui-même.

 

Cela n’amuse évidemment que moi, mais ce n’est déjà pas si mal, parce que certaines fois, je m’ennuie aussi énormément en ma propre compagnie ! Jugeant avec raison que je tourne en rond et que je radote, au lieu de faire des choses bien plus intéressantes comme élever des ragondins ou écrire des best sellers. L’amusant est que lorsque je montre ces petites fantaisies, je dois généralement expliquer qu’elles en sont, pour ne pas risquer au moins la camisole de force, au pire, une forme de déconsidération formelle : à son âge, de pareilles bêtises, je vous demande un  peu ! J’y fais quand même un peu attention car je n’ai jamais oublié l’exemple affreux d’une ancienne institutrice de mes enfants, qui avait peint sa maison en bleu et portait des nattes blondes à 6o ans. Comme elle y adjoignait le fait de vivre avec un type de 20 ans de moins qu’elle, elle était la cible des persécutions les plus vachardes de ses collègues et de son administration (le corps enseignant, je vous le dis, n’est pas un parangon d’intelligence ni de tolérance, hélas), et finit par être internée.

 

Je n’en suis nullement là, n’est-ce pas, mais on ne sait jamais ! En ce siècle où on nous prône une insupportable normalité, mieux vaut faire attention!

 

Bref, tout cela pour vous dire que ma janusienne personne a souvent fort à faire entre son incommensurable sérieux et sa curiosité exigeante, et le besoin de s’en moquer. Comme je l’ai écrit plusieurs fois, les poètes, c’est pas sérieux, c’est bien  pire !

 

Et sur cette considération bien sentie, je tire donc ma révérence et la bobinette cherra, des fois que…

 

 

 

 

 

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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3 commentaires pour Comment je m’amuse avec moi-même…petite philosophie dans le boudoir, acte LXXVIII

  1. Antonio dit :

    Une femme sous influence, ce petit côté Mabel chez Cassavetes, non ?

    Ne me dites pas que vous ne connaissez pas ce film ! 😉

    Aimé par 1 personne

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