Femme piège, femme piégée, …petite philosophie dans le boudoir, acte LXVVV

Dans le métro, hier (ce lieu est décidément un creuset d’expériences multiples), j’ai croisé un homme d’église à l’ancienne, robe noire et longue, chapelet à la main. Petit, brun, l’œil  italien ; et invasif, puisque nonobstant ces emblèmes liturgiques, le fameux œil s’est longuement et avec une lourde insistante attardé sur une partie de mon anatomie bien particulière.    Ah! Pour être dévot, je n’en suis pas moins homme ! Cette tartufferie aurait bien fait rire Molière et m’a plus amusée que scandalisée, mais, revenue à mon bercail, j’ai trouvé cette fois sur un de mes profils, une allusion à mes belles épaules, doublée d’une incitation à en montrer davantage. Rien d’affreux me direz-vous et je dois avouer que j’ai d’abord été sottement flattée, toute mon éducation de femme, pourtant remise en question maintes fois depuis mon enfance,  me poussant implicitement à juger bon d’être désirable ou tout au moins pas trop vilaine aux yeux d’autrui, surtout lorsqu’ils sont masculins. Même si je reste paradoxalement absolument convaincue que la valeur de l’individu, et pour ce qui me concerne, la féminité, passe par bien d’autres choses plus intimes, une façon d’être à la vie, etc. Idem pour la masculinité derrière les clichés. Et que mon cerveau m’intéresse au moins autant que mon corps !

Avant aussi que de m’en agacer, parce qu’après tout, je n’ai moi-même pas les yeux dans ma poche lorsqu’il s’agit de regarder. Mais la différence est que je n’oserais jamais commenter le physique d’un homme ou lui signifier sans autre dessein que je le trouve beau ; idem pour une femme d’ailleurs. Pourtant, ce critère simplement esthétique et subjectif peut être totalement vide de toute connotation de désir charnel  ou d’idées saumâtres en arrière plan (à supposer que le désir le soit, ce n’est pas criminel ni immoral de désirer  !). La beauté frappe et enchante sans autre raison qu’elle-même et ce n’est pas valable que pour les statues !

Dans la foulée, et parce qu’écrire est aussi pour moi un exercice d’honnêteté et de compréhension, je me suis interrogée sur la pertinence de l’image associée à mes sites. Que dit-elle donc de moi que je voudrais partager, mais pas trop ? Que n’assumai-je pas, malgré ma volonté d’authenticité, de sensualité affirmée, de liberté revendiquée ? Jouai-je les Emma Bovary sans le savoir ? Il est extrêmement difficile de donner une image de soi, mais je préférais le sourire, l’expression de la vie plutôt qu’une image plus convenue ; il faut donc bien que j’assume ce choix sans barguigner. Il reste que l’image de la femme est un piège trompeur où elle se piège souvent elle-même. D’ailleurs, je ne connais pas de femmes modèles laides et les quelques auto portraitistes dont je suis le travail sont toutes jolies. C’est plus troublant et moins logique qu’il n’y paraît au premier abord. L’étroitesse de notre cadre social et éducatif  laisse une marge de manœuvre restreinte dans ce champ particulier, même si nous avons l’illusion d’un excès de liberté où l’on montre tout et trop !

Derrière cette liberté supposée se profilent d’antiques archétypes où le souffle du diable ne passe jamais très loin de la femme tentatrice. J’avoue que lorsque cela ne m’énerve pas, cet archaïsme tenace me fait sourire ! Il n‘empêche que ces lignes–là devraient bouger un peu, je crois. Et J’espère que cette auto-critique inachevée y contribuera un peu …

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour Femme piège, femme piégée, …petite philosophie dans le boudoir, acte LXVVV

  1. Antonio dit :

    Et vos textes comment vivent-ils le fait que l’on reluque avec gourmandise leurs formes ?

    Personnellement, je ne me gêne pas ! 😉

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Antonio
      Taquin, à ce que je vois, mais c’est bien joué ! Et dit avec tellement d’élégance que je ne vais pas me dérober à cette question ! Je suis très attentive à la façon dont mes mots sont reçus mias je les donne très librement, et là aussi, il me faut accepter qu’ils en disent certainement bien plus long que ma volonté ! Et quand ils sont appréciés, je suis ravie !

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