Apprendre à écrire, c’est apprendre à grandir

4899L’illusion selon laquelle écrire relève d’une pure maîtrise technique fait toujours long feu. Pourtant, le perroquet savant qui aurait à disposition dans sa mémoire tous les mots de tous les dictionnaires et toutes les règles de grammaire des manuels, ne serait pas en capacité de produire autre chose qu’un alignement de phrases. On ne le dira jamais assez, l’écriture, y compris l’écriture professionnelle, puise dans l’intime de l’être et dans sa maîtrise émotionnelle de lui-même autant que dans  son répertoire lexical et syntaxique.

Ecrire, c’est s’approprier un projet, quel qu’il soit, le conceptualiser et lui donner matière. Pour ce faire, il est nécessaire d’aborder des rivages largement hérissés de récifs où l’image et les illusions qu’on nourrit sur soi, ses difficultés et conflits internes et surtout son autonomie pèsent dans la balance. On n‘y prête pas attention mais nous grandissons et nous apprenons environnés de maîtres et de glorieuses tutelles (celles qu’on nous impose, celles qu’on se choisit), qui, si elles sont formatrices, peuvent être écrasantes. Depuis l’instituteur référent de notre enfance jusqu’au patron qui relira notre courrier, au comité qui étudiera nos œuvres si nous franchissons ce pas, un rapport de sujétion, de maître à disciple où l’affectivité est très présente, s’installe durablement et peut devenir obstacle. Un sentiment permanent de n’être pas à la hauteur du référent, qui détient un savoir supposé, peut rapidement faire obstacle et bloquer plume et clavier.

Apprendre à écrire est un chemin sans fin, ce qui ne signifie pas, bien au contraire, qu’il soit sans but ! C’est un voyage à l’intérieur de soi et l’exploration d’un monde solitaire et paradoxalement tourné vers les autres ; on écrit autant pour les autres que pour soi, mais aussi pour être lu et dans l’espoir d’être compris ! Cela implique d’accepter d’être critique sur ses propres productions et d’être critiqués, mais aussi de savoir tenir bon lorsqu’on pense que notre travail est pertinent. Cela nécessite de savoir retravailler, corriger, de ne pas hésiter à demander conseil, de réviser des règles parfois complexes ou peu usitées, mais aussi de savoir mettre le fameux point final qui autorise la signature d’un mail aussi bien que celle d’un livre ! Bref, c’est une fameuse prise de responsabilité où on s’autorise à être soi bien plus qu’on ne le pense !

Le guidage sur ces chemins est donc précieux mais délicat, apporter une compétence ne devant pas instaurer un rapport de sujétion ou de trop grande déférence, et encore moins inférioriser. Il s’agit bien plutôt d’aider à la floraison d’une plante dont les graines ne demandaient qu’à germer, pourvu qu’on lui apporte un petit coup de pouce. Qu’on offre à l’apprenti jardinier quelques outils nécessaires en lui donnant le mode d’emploi, ou en l’aidant à trouver celui qui lui convient le mieux !

La prise de confiance et l’image de soi sont primordiales dans le processus qui consiste à se réapproprier un langage ou à mieux l’affirmer. Le jugement social qui accompagne le mauvais élève,  qui catalogue très rapidement un intervenant au regard de son bagage culturel, sont en effet des freins très puissants et très injustes pour celui qui veut écrire. Or, la motivation est le moteur le plus efficace pour sortir de ces embûches et progresser et elle ne peut s’ancrer sur des pensées négatives.  L’image positive ou négative que l’on nous renvoie on qu’on se renvoie à soi-même, est donc décisive. Le plaisir ou le dégoût qu’on trouve à écrire font aussi toute la différence ! Apprendre à écrire, c’est donc devenir un acteur complet de sa vie, conscient de soi et attentif au monde. Vient au moment où il faudra écrire « sans filets » et sans appui extérieur, en restant conscients que la perfection est inatteignable et non souhaitable. Délivré des craintes et des a priori, ce qui était corvée peut alors devenir maîtrise, jeu et plaisir !

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour Apprendre à écrire, c’est apprendre à grandir

  1. Écrire c’est vraiment un voyage à l’interieur mais un voyage passionant où le sujet, les idées, nous donne la perception du monde et la comprénhsion de l’être en ce qui concerne les outres… Merci pour ce formidable billet!

    Aimé par 1 personne

    • Phédrienne dit :

      Bonjour Barbara
      Je sais que tu connais bien le sujet, toi qui écris aussi bien avec ta plume qu’avec ton pinceau ! C’est bien de comprendre certains des mécanismes inconscients et émotionnels qui sous-tendent ce travail passionnant !

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