Anti dégraissage

 

RenoirJ’avoue que ce titre est un peu provocant, délibérément. Pour accompagner avec humour et parti pris (l’un n’empêchant pas l’autre) une petite interrogation portant sur les courants littéraires ; je vais d’ailleurs finir par me demander si  tous les courants, d’hier et d’aujourd’hui, ne forment pas un beau tout convergent pour imposer des normes esthétiques opposables à tous les domaines. Et contre lesquelles il est difficile, voire quasi  impossible de lutter .

 

En caricaturant, par exemple, l’opulence de naguère, l‘apologie des rotondités, des courbes de chair, accompagnaient souvent lyrisme et envolées, phrases longues et superlatifs ; pas toujours avec le meillur goût, je vous l’accorde  ! L’apologie de la non-chair, du zéro pour cent de matière grasse, l’économie du temps, du papier et du verbe,  conduiraient aujourd’hui au tout concis,  au mot sec, dégraissé de toute matière. De même qu’en architecture et dans tous les autres domaines, l’extravagance ou la luxuriance ont cédé le pas à la ligne, au vide, au blanc et noir,  que j’apprécie à leur façon dès lors qu’autre chose reste permis.

 

Faire court, c’est donc le …mot ! Etre concis, aller à l’épure, bannir l’émotion, le descriptif, l’adjectif et le phrasé réputés passéistes, ou hors du temps, privilégier le format de poche, emballer une histoire en mille mots, faire la chasse au vocable de trop…oui, pourquoi pas ? Moi-même, n’ai-je pas privilégié aussi l’écriture de recueils minces, à picorer sous le manteau, des livres à mettre dans son sac  ou dans sa poche ? Et cependant, j’aime à me laisser porter par les ondoiements souples des interminables phrases proustiennes, le déroulement lent d’une intrigue shakespearienne, le tempo d’un opéra en plusieurs actes…j’en suis gourmande, est-ce contradictoire ? Et je crains quelque jour de me retrouver néanmoins à…court de mots, de formats, de temporisations, condamnée à  ne pas trouver livre à mon œil pas plus que chaussure à mon pied, tant la tendance est au casernement des styles dans un monde que je souhaiterais divers à tout le moins.

 

J’exagère, je le sais, nos bibliothèques sont pleines encore,  et la démocratisation des techniques et des outils devrait permettre toutes les audaces, y compris celle de se taire si on préfère. Je ne demande moi qu’un droit, pas même, une possibilité : celle que toutes les expressions demeurent possibles, restent recevables, trouvent leur diffusion dans une culture de masse où le maître étalon est la « normalisation », mot que je trouve très laid pour ma part, la standardisation, que je ne caresse pas d’un œil plus doux, et la fameuse « tendance « , devenu le parangon de toutes les modernités.

 

Juste ça. Et parce que parfois, le gras, ça a du bon !

 

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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