Lézardes et autres mues littéraires…petite philosophie dans le boudoir, acte LXXXI

L’écriture est une mue terrible. On croit utiliser un bagage mais il n’en est rien. Ce que les mots opèrent en vous, en transformant lentement votre goût, votre jugement, en affinant votre sensibilité, vous épluche l’esprit, en ôte les scories, en ajoute parfois, dans un incessant processus de mutation lente, discontinue.  Ce sont peut-être eux qui vous utilisent, à votre esprit défendant ! Lorsqu’on lit un auteur sur la durée, ces métamorphoses fines deviennent visibles, un peu à la façon dont on peut retracer la généalogie d’une œuvre picturale, d’une bande dessinée en comparant les premiers et les derniers opus. Ecrire devrait donc rendre modeste et non gonfler démesurément les égos, parce que c’est aussi désapprendre tout ce qu’on croyait.

Ecrire fait aussi muter en profondeur ce que vous êtes, dans chaque partie de vous–même tant le rapport aux mots ne peut se désolidariser complètement des actes, des fois. Chacune de vos tendances, de vos compulsions, toute votre histoire s’infiltre,  habille votre langue dans ses différentes composantes, bien au-delà et en-deçà des règles d’usage. C’est pour cela qu’à partir d’une banque de données communes, la langue, chaque langage est unique et aussi personnel qu’une empreinte digitale. C’est pour cela qu’écrire parle de vous à chaque instant, même lorsque vous souhaitez vous abriter derrière l’histoire que vous tissez. Mais là n’est pas l’essentiel.

L’écriture est un voyage, multiple, à la découverte d’un univers dont la vastitude est infinie, et aussi dans les eaux claires et pures de votre personnalité. Je ne crois pas en effet que ces eaux soient sombres ni glauques, leur opacité n’est qu’apparente tant il faut de la volonté pour les regarder. Et un solide sens de l’humour aussi devant les choses qu’on y a découvert et qu’on aurait souhaité éviter …

J’écris depuis toujours même si je n’ai presque rien gardé. Contrairement à ce qu’on croit, l’écriture a aussi droit à l’éphémère et à côté des livres mort-nés, ceux qui ne rencontrent pas l’accueil et le succès espérés, il y a aussi ce qui est écrit à l’instant, parce que nécessaire pour cet instant et rien que pour lui… ce pourquoi détruire ou jeter peut être impérieux, ce pourquoi je suis toujours révoltée qu’on publie après sa mort un titre qu’un auteur n’aurait pas choisi de faire éditer de son vivant : ce droit là devrait être imprescriptible…mais en tout cas, chaque jour je sens cette lente interaction se faire en moi, nourrir de nouvelles choses, entrebâiller de nouvelles portes, allumer d’autres curiosités, nourrir d’autres feux…non pas un progrès non, mais quelque chose de lent et de profond, une vie en soi…et j’aime à faire ce voyage où parfois de terribles fissures se creusent sous un pas, où jamais je ne pose un bagage quelque part, où je change tout en restant moi…voyage que je partage avec tant d’autres, que chacun accomplit à sa façon, tant en écriture on ne peut donner ni leçons ni bréviaire, et c’est ce qui est beau…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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7 commentaires pour Lézardes et autres mues littéraires…petite philosophie dans le boudoir, acte LXXXI

  1. Phédrienne dit :

    Bonjour Antonio
    J’adore votre acte gratuit ! Et comme toujours, votre apport est clair et pertinent. oui, tout est question de respiration personnelle. Et, je le répète, c’est ça qui est beau !
    Merci 🙂 !

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  2. Phédrienne dit :

    Pour Antonio
    Et bien non, je ne comprends pas, j’avais bien approuvé ce com qui a disparu en effet : Un bug d’appli ?

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