Intoxication alimentaire

J’ai mal en ce moment à mon dictionnaire ; je le regarde avec son dos usé, sa tranche cabossée ; toutes ses pages maintes et maintes fois compulsées. J’observe aussi avec intérêt celles qui sont restées plus blanches, les moins lues parce que contenant des mots devenus inabordables, impolitiquement corrects ou usagés ; le mot aussi a son cycle d’existence qui se joue à une échelle bien plus vaste que la nôtre, encore que…

Je secoue ma tête comme on vide un vase pour en faire tomber les feuilles mortes, les bouts de tiges détrempées et aussi les invités inattendus : tous ces mots poncifs remués au fil des …fils de l’actualité, des médias, des journaux, des mots glanés ici et là et qui tournent sur eux-mêmes et ne parlent de rien. Dont on ne sait même plus quelles idées ils cachent dans les replis de leurs lettres.

Cela m’effraie comme une forme de repli général, de retranchement dans des camps hermétiques où le degré zéro du sens vient grignoter ma cervelle. Quand le mot devient un véhicule errant à vide d’un point à un autre point entre émetteur et récepteur, que se passe-t-il donc ? Aussi, de plus en plus, je m’éloigne de mes bases, je m’imprègne de mondes autres, j’aborde des rivages qui jusque-là me paraissaient hostiles, d’autres curiosités, je m’essaie à rendre plus élastique mon cerveau trop petit, mes neurones qui peinent à l’assouplissement, je cherche ailleurs. Loin des systèmes pyramidaux où chaque degré critique celui du dessus ou du dessous et reproduit sans faillir les mêmes attitudes, les mêmes défauts reprochés ailleurs : la prétention de la connaissance exclusive, du bon style, du bon goût, le mépris des autres, l’illusion de son importance et de son influence sur autrui. Je teste d’autres champs et d’autres chants. A la pyramide, je préfère le tout petit cercle qui peut s’étendre à l’infini…

J’essaie de soigner mon amour des mots, mes maux de mots,  par d’autres mots…propulsée par l’envie de sentir, de faire jaillir, d’initier et de me baptiser moi-même  à cela : un verbe toujours davantage tendu comme un chemin, un bout de bois à amarrer au grand radeau de l’humain pour qu’il flotte et avance…pour qu’il garde intact la notion de plaisir, d’ici et maintenant, de sens voulu, pesé,  affirmé, en sachant combien la fluidité et l’inconstance de ce qu’on fait doit préserver de l’orgueil, sans amener jamais la peur de faire…

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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