Les révolutions de madame Prétend

Comme ses chats qui ont en ce moment le poil acrimonieux et l’esprit revêche, Emilie, ces temps derniers, se drape dans une mauvaise humeur un peu figée. L’automne ne sied pas à ses éblouissements, ses élans ni ses colères. Le jardin où les fleurs ont séché, où presque plus rien n’est à couper ou à tondre est un enfant ingrat que sa sollicitude maternante n’a plus à combler. Rien n‘est plus odieux à son hyperactivité que la latence et l’endormissement. Du coup, son esprit errant semble être revenu à ses amours premières et lorsque je la croise, de plus en plus rarement, sur une marche d’escalier et que nous échangeons quelques propos,  je vois l’ombre du grand drapeau noir de la révolte déployer ses plis sur le mur derrière elle.

Emilie est de la race des révolutionnaires, des Louise Michel et des Rosa Luxembourg.  De son passé d’ouvrière, elle garde le dos droit, les doigts usés et le cœur flambant. Maints combats ont agité son quotidien entre le chef d’atelier autoritaire, paternaliste et  rudoyant et ce monde d’hommes où en pionnière, elle a tenté de construire un destin solitaire et sans enfants.

  • Les hommes, je ne les aime pas, ils sont durs, arrogants, ils sont lâches !

Quoi de pire en effet pour cette mère courage qui continue de batailler fermement, perchée sur une grande échelle, contre les thuyas et cyprès de notre jardin commun et les étête impitoyablement, qui a renouvelé aux dernières élections la grande tradition des cahiers de doléance en remplaçant son bulletin de vote par un courrier énonçant ses récriminations contre la société et chasse à grands coups de balais vengeurs  les distributeurs de prospectus et autres malfaisants ?

Aucune lâcheté en effet chez cette femme, mais la vraie révolution est ailleurs : dans le toit offert à une amie en difficulté,  dans l’argent dont elle se fiche bien et distribue à qui en a besoin pour peu qu’on ait le cœur sincère et les idées bien accrochées, et qu’on doit refuser très fermement tant son désir d’aider est profond, dans les petits plats qu’elle mitonne et apporte à la vieille dame du dessus (entendez, plus vieille qu’elle qui ne concède rien à ses 81 ans) et qui est à ses dires, une vieille folle ronchonnante mais que, voyez-vous, on  ne peut quand même pas laisser crever de faim !

Avec elle, donc, la révolution est en marche : celle qui, en même temps qu’elle vous fait crier non aux injustices et aux aléas, vous fait agir en corrélation exacte avec vos idées, avec votre émotion, et pas seulement avec votre cerveau et vos propres besoins. Le drapeau d’Emilie est donc plus rouge que noir, du rouge  que ses vaisseaux continuent de pulser avec tant de vigueur de son cœur à ses artères et qui la rend droite et fière comme un lys.

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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