Autre chose, mais quoi ? …petite philosophie dans le boudoir, acte LXXXVII

Il faudrait passer à autre chose : mettre son esprit dans la machine à laver, programmer le tambour à sa vitesse maximale et rincer, rincer, rincer, essorer jusqu’à retrouver un terrain vierge et prêt à être ensemencé.  Après les larmes (mais est-ce déjà le temps d’après ?), reprendre le collier que pour ma part je n’ai pas lâché, refusant que d’autres que moi paient le prix de l’effondrement intérieur qui m’a saisi, de mon incrédulité. Réamorcer une vie où la chose monstrueuse et dérangeante retournerait sagement se tapir dans un coin sur son tapis, comme un chien dressé, et nous pourrions, vous et moi, faire semblant de croire que rien n’a changé, que nous pourrons continuer comme avant  Comme beaucoup d’entre vous, sans doute, j’ai préféré me taire au maximum, ne pas céder aux pulsions dévastatrices, aux cris, à la peur, au ressentiment qui me tire par les coins de mes émotions, j’ai, comme toujours, préféré le sourire, retrousser mes manches, réfléchir, m’isoler dans le silence, laisser les flots noirs refluer lentement, parce que la vie a besoin de nous tous pour continuer.

Mais j’ai dans les yeux et dans le cœur surtout cette vision de la circularité des choses, de l’interconnexion évidente de tout avec tout, alors, comment vivre, sentir, travailler avec cela sans essayer de compartimenter, de cacher la poussière sous le tapis (et quelle poussière !) ?

J’ai lu  tant de « il faut » ces derniers temps, j’ai assisté à cette inondation de citations mises à toutes les sauces (on n’a jamais autant déterré les morts, ces derniers jours), tellement entendu de gens pérorer, affirmer, condamner tout et n’importe quoi, s’ériger en juge, mais moi, je n’ai qu’un tas de questions grand comme une galaxie, un creux dans mon ventre chaque fois que je saisis un livre sur mes étagères, ces livres dont certains aujourd’hui ne pourraient plus être publiés sans soucis. Je pense avec douceur, avec douleur, à l’imprimeur Etienne Dolet (eh bien oui, c’est « mon mort » à moi), brûlé vif à Paris pour hérésie le 3 août 1546, je pense à ce pays où tous les verbes sont néanmoins possibles et je crois que ma terre est là, dans l’écriture, tous registres confondus, dans l’exercice de mon métier, défendu avec passion, dans le livre que j’écrirai demain…dans les efforts que je vais faire pour réfléchir, et réfléchir, encore …

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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