Accompagnement à l’écriture et non-formatage

Depuis quelques années, je vois fleurir un peu partout des ateliers d’écriture et du coaching lié à ce thème. Ma propre pratique à ce sujet, conduite auprès d’étudiants et de thésards de tous horizons et aussi d’écrivains, a toujours suscité en moi bon nombre de questionnements :

  • jusqu’où peut-on aller, quelles préconisations peuvent convenir à une majorité de personnes, comment personnaliser au mieux cette aide puisque c’est le créneau dans lequel j’officie : essayer de coller au plus près des mécanismes de pensée et de création d’autrui sans y substituer mes propres obsessions ou tendances. Améliorer sans détruire, respecter la personnalité de l’autre.

La tâche n’est pas si aisée car l’écriture obéit aux caprices de la mode et à une temporalité qui peut faire sombrer dans l’obsolescence programmée tout ce qui y déroge. Depuis quelques années, par exemple,  la mode est au très court, au concis et à l’écriture dégraissée, avec une ponctuation minimaliste, voire pas de ponctuation du tout. La virgule est devenue un artifice dépassé, le point, surtout s’il se suspend, un crime contre la sobriété, et quant au reste, c’est devenu l’affaire des typographes dont le nombre diminue plus vite que le nombre de pages des livres. Inutile de s’indigner de cette tendance ou de la réfuter : tout ce qui renouvelle et régénère l’écriture, réveille la créativité, me semble bon à prendre dès lors que les nouveaux thuriféraires ne se posent pas en maîtres absolus ou en donneurs d’ordre. Dès lors que la fantaisie, le bon vouloir  et la personnalité d’un auteur peuvent trouver place. Et il est vrai aussi qu’un bon petit livre est préférable à un pavé indigeste.

Du coup, certaines injonctions, lues ici et là,  me semblent parfois discutables. Les formats courts imposés notamment par le net et les réseaux sociaux ou par l’écriture journalistique (hors magazines et journaux spécialisés qui ne se privent pas de longueur)  ne sont pas forcément le nouveau mètre étalon de l’auteur.  Le célèbre trio sujet- verbe-complément, s’il  a le mérite de la lisibilité, n’autorise aucune nuance, ce qui peut devenir gênant. Etc.

Rarement l’intentionnalité de l’œuvre, sa destination, sont évoquées, au profit des seuls aspects techniques et des exercices de style. Rarement il est fait appel à la base sensible, émotionnelle, au bagage propre des gens, lequel est pourtant souvent non négligeable. Les « soyez brefs », « raisonnez format », sonnent comme des consignes non discutables, là où une forme de souplesse et d’écoute peut déverrouiller ce délicat processus qu’est l’écriture. Je préfère à tout cela, sans méjuger par ailleurs de pratiques dont je ne connais pas tous les ressorts ni les finalités, une forme d’humilité et d’échange  et des conseils ouverts plutôt que de strictes directives. Retravailler de concert avec l’auteur ou le thésard plutôt que brider.  Respecter sa patte, lorsqu’elle est identifiable plutôt que de gommer tout ce qui différencie : un travail délicat, toujours améliorable, où la perfection n‘est jamais de mise. Un sérieux exercice de remise en cause permanente et de modestie, car l’écriture, au final, ça s’apprend tout au long de la vie.

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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4 commentaires pour Accompagnement à l’écriture et non-formatage

  1. Oui, c’est très gênant ce formatage qui gagne du terrain petit à petit. Mais je crois que cela va se retourner, déjà des rebelles pointent le bout de leur nez et ils ne viennent pas forcément des milieux qu’on pense.

    ^^

    Aimé par 2 people

  2. Phédrienne dit :

    Je suis d’accord avec vous, mais je compte bien donner un petit coup de pouce à ce processus essentiel ! 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Tout à fait d’accord! A part de la mode Il y a la grand l’escriture qui est où nous cherchon la beauté et la vie; quand je fini de lire « Le secret de la rue des tourmentées », je me disait: Bravo, très bien ecrit, classique, comme les grands écrivaints francaises de touts les temps. Mais je sais que ça est le resultat d’un processus vital qui ne fini pas!
    Et je profite à present, pour te dire, : j’aime beaucoup ce beau livre!!!

    Aimé par 1 personne

  4. Phédrienne dit :

    Barbara, je suis infiniment touchée par ton commentaire et ton retour sur ce livre qui me tient à coeur; Vraiment, merci !

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