Changer d’écriture, c’est changer d’être…

20150415_111156On ne le dit jamais assez, mais notre écriture révèle bien plus qu’un savoir technique et formel : elle reflète au plus profond et de façon plus ou moins maîtrisable, nos tendances, nos émotions et tous ces verrous de blocage qui peuvent paralyser notre façon de vivre et de rédiger. La plupart du temps, lorsque l’on apprend à parfaire son écriture, on se plonge  (et avec raison) dans les manuels de grammaire et d’orthographe qui permettent de réviser (ou d’acquérir) des bases que l’enseignement scolaire a quelque peu négligées ou que nous avons oubliées. L’évolution des mœurs, les réformes successives et les tolérances malmènent aussi ce que nous croyions savoir de notre propre écriture. Cependant, depuis que j’accompagne étudiants et mémorialistes dans leur travail rédactionnel, j ’ai constaté à maintes reprises que le problème est souvent tout autre : écrire, c’est se positionner sur une ligne de départ et gravir une échelle de valeurs, celle qui vous conduira d’un statut existant à un autre statut, souvent meilleur ou jugé comme tel. Le formalisme requis pour certains écrits (niveau de langage plus soutenu, format, modalités de mise en forme), oblige à une rigueur inaccoutumée et désarçonnante pour beaucoup. Au-delà, une écriture non maîtrisée vous revêt d’un habit parfois moins valorisant que ce que vous auriez souhaité : si le langage oral masque bien des imperfections ou des lacunes,  la permanence de l’écrit le rend impitoyable. Selon le groupe social ou culturel auquel vous appartenez et la pression qui en résulte, vous pouvez vous sentir en dessous de la tâche qui vous est demandée et vous rendre vous-même incapable d’écrire.

Améliorer son écriture, c’est d’une certaine façon accepter de changer l’image qu’on a de soi en même temps que celle que l’on tendra à autrui. C’est s’autoriser à sortir d’un moule (celui de votre milieu, de votre statut professionnel, de vos choix de vie précédents) pour tendre vers autre chose. C’est accepter de se remettre en question, d’admettre des failles mais aussi de reconnaître et de valoriser ses points forts et ses acquis. Souvent, celui qui croyait en toute bonne foi être incapable d’écrire de façon qualitative est bien plus riche qu’il ne le pense. A contrario, bien des orgueilleux doivent parfois se mesurer à leurs carences et mieux ajuster leur costume.

Dans tous les cas, travailler son écriture, c’est travailler son mode de penser et d’organisation,   c’est aussi, de façon apparemment paradoxale, acquérir une vraie liberté. Si le respect des règles qui gèrent une langue constitue un effort incontournable, apprendre à rendre sa pensée et son langage clairs et complets assouplit l’esprit et l’autorise le plus souvent à aller bien plus loin, à se déployer de manière bien plus conséquente. A accéder aussi, et ce n’est pas le moindre avantage, à l’incroyable plaisir qui consiste à « piloter » son expression et à explorer avec et grâce à elle des univers nouveaux.

Quel que soit le but poursuivi initialement (obtention d’un diplôme, d’un poste, résultat commercial, écriture fictionnelle), changer d’écriture accompagnera en douceur une mutation bien plus conséquente : celle de votre « moi », lequel et en dehors de toute velléité narcissique, devrait se sentir bien plus accepté et confortable.

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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