Vouloir être libre, quelle drôle d’idée ! … petite philosophie dans le boudoir, acte XL

Cela fait longtemps que je me demande quel paysage la flamme de la liberté éclaire au juste. Ne vous précipitez donc pas pour m’énumérer les symboles connus : espoir d’un monde meilleur, lutte contre les injustices, liberté d’expression et toutes ces allégories dont nos têtes bourdonnent ;  je les connais, tout comme vous. Les innombrables conflits qui agitent notre planète, mais aussi, à échelle microscopique, les conflits personnels et professionnels autour de ces aspects,  étayent assez bien l’idée que cette notion ne recouvre cependant pas des idéaux universels mais s’habille de valeurs différentes pour chacun, c’est du moins ce que je crois. Bien des philosophes ont disserté doctement sur ce chapitre et l’existence ou non d’un libre arbitre ou d’un fatalisme, et je me garde donc bien d’y ajouter quelque chose qui serait de peu de sens.

Mais ce qui m’interpelle, au-delà des idées convenues (il paraît légitime et indiscutable de réclamer la liberté), c’est l’usage spécifique et réel que nous voudrions en faire, et plus prosaïquement, l’usage que nous en faisons. Il existe un décalage marquant entre le désir ou la revendication exprimée, la latitude réellement existante pour les réaliser, la vision que nous nourrissons de ces différents paramètres et notre propre action réelle (différente dans sa perception suivant que nous l’estimons ou qu’elle est appréciée de l’extérieur). La liberté totale  revendiquée à ces égards est évidemment utopique, la liberté relative qui nous est si chère est-elle mieux lotie ou mieux employée ?

Il me semble à moi que nous avons bien besoin d’être rassurés, encadrés et confortés dans nos actes et décisions. Que lors même que rien ne nous y contraint vraiment, nous savons très bien nous passer tous seuls des laisses autour du cou et des chaînes à nos pieds. Que ces entraves « librement » choisies deviennent alors les excuses à notre non-agir, à notre procrastination. Que peut-être ce que pourrait signifier et impliquer une liberté pour nous, si nous la laissions guider effectivement et de façon totale nos faits et gestes, nous fait peur !    Ou qu’encore, l’illusion que nous pouvons nourrir à ce sujet grâce à une partie de notre activité cache toutes les barrières qui existent par ailleurs et la limitent tout à fait. Pourquoi ?

L’esclave, l’enfermé, l’idiot qui se laisse marcher sur les pieds et contraindre dans sa chère liberté est donc forcément l’autre, le voisin, le collègue, le parent bien moins servi à nos yeux. Nous, nous restons la plupart du temps dans cette irréprochable assurance qu’en effet, nous œuvrons pour la liberté, celle d’autrui aléatoirement, mais plus sûrement, la nôtre. L’effet stimulant de cette certitude n’est certainement pas moindre et il est donc imprudent de vouloir le contrer car après tout, que savons-nous vraiment de ces questions, que sais-je, moi ?  Très peu de choses fondées, beaucoup d’interrogations et de doutes et l’amusement de constater que ce sont bien ces incertitudes qui peuvent nous faire avancer…

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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