A rebours

Chez moi, parfois, l’amour est un processus lent. Notez au passage que je déteste ce mot, rarement employé dans ma bouche. Peut-être parce que la petite créature absolue que je suis, terriblement exigeante, n’a jamais pu se résoudre aux molles et fluctuantes valeurs qui y sont réellement attachées, lorsqu’on confronte cette affirmation à la réalité, mais passons. Lorsque j’étais enfant, donc, je n’ai guère appris à apprécier le pays où je grandissais.  Ses frontières me paraissaient étroites et le cortège de valeurs valétudinaires qu’on me servait en entremet, en plat de résistance et en dessert ne me convainquait guère non plus. Il y avait-là ce je ne sais quoi d’empois, de poussiéreux et de contradictoire.  J’avais une tante royaliste, une autre grenouille de bénitier, une tierce se confisait dans la soumission et une quatrième montrait une rigueur teutonne à me convaincre que seule la discipline vous construisait un homme. Quant à construire une femme, cela ne semblait pas être à l’ordre du jour.

Dans ce monde un peu raide, terriblement masculin, l’enfant que j’étais a adopté à sa façon un parent supplémentaire, le bouquin ! Lequel, de roman d’aventure en essai m’a fait souhaiter de plus en plus ardemment, au fil du temps,  une sorte de pays de cocagne où la liberté s’épanouirait dans un  cortège de fantaisies. La réalité rude, accompagnée d’un solide coup de pied paternel au derrière qui m’a jetée hors de chez moi à 18 ans, a été tout autre. Et alors, comme tout un chacun, je me suis jetée dans ce corps à corps avec la vie qui ne permet pas toujours de garder un œil raisonnable sur ce qui vous entoure. Bref, je n’aimais pas mon pays, je n’aimais pas cette forme d’assurance béate, de conformisme prétentieux, de quotidien sans relief et surtout, ce matérialisme outrancier qui me semblaient caractériser le français moyen.

Nous existions bien à l’abri de notre hexagone et j’ignorais beaucoup de ce qui se passait ailleurs.

Il  a fallu beaucoup de temps et que paradoxalment, les multiples crises qui accompagnent ce 21 ème siècle encore débutant précipitent chez les occidentaux un (pour moi) hallucinant processus de détestation de soi, pour que quelque chose de contraire se réveille en moi. Blanche par hasard, française par hasard , j’ai réalisé enfin que je n’avais guère que deux choix : me vautrer  dans le déni morbide de moi-même, dans une létale exécration de ma propre histoire et de mon propre pays, et me répandre en jérémiades sur la déliquescence du siècle et des mœurs de l’homme blanc. Ou, réajuster le tir, accepter l’histoire du passé, mais regarder aussi une vérité : jamais de toute ma vie, je n’aurais eu faim, n’y n’aurais été menacée pour mes pensées, ni limitée dans mes actes ou mes déplacements. C’est quand même ce que ce pays a su construire, contre les différents pouvoirs qui s’y sont succédé. Même malmenés, même relatifs, ces droits sont là. Soutenant depuis peu Amnesty international dont je reçois donc les bulletins d’information, je peux mesurer à quel point ces libertés sont absentes ailleurs et combien il est urgent de s’y cramponner. Combien la haine de soi est propice à celle de l’autre et parfaitement inutile. Et j’ai commencé à aimer ce drôle et perfectible pays qui est le mien…

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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