Métamorphoses urbaines

Hier, une fois n’est pas coutume, j’ai regardé par paresse pleine une sorte de sujet d’actualité contigu à ce que nous avons coutume d’appeler le journal télévisé, et qui n’est en fait qu’une forme de tabloïd verbal peu abouti. Le sujet proposé mettait en scène 3 jeunes, 2 garçons, une fille, repêchés de l’anonymat 10 ans après les manifestations anti CPE, où ils avaient dû se distinguer d’une quelconque manière.  L’un est devenu restaurateur, l’autre a créé une start-up, le troisième est entrepreneur. 3 modèles, donc, censés incarner le revers dynamique d’une jeunesse gangrenée par un taux de chômage avoisinant  nous dit le journaliste, 25 %. Lequel avait pris soin, soit dit en passant, de respecter la règle des tiers : une femme, un homme, un jeune issu de l’émigration ; ben tiens.

Je vous avoue évidemment avoir surtout prêté attention au langage qui sortait de la bouche d’iceux. Lequel s’émaillait, mais est-ce surprenant, de termes tout droit issus de la sphère professionnelle dans le vent : corporate, marketing, part de marchés. La jeune femme était ensuite mise en scène dans la rue avec ses enfants, petite concession, amusante sur le fond, à la nécessité de concilier réussite professionnelle et privée. Des rêves et révoltes qui avaient pu hanter ces trois jeunes lorsqu’ils battaient le pavé, il n’est donc resté a priori que cette  forme de réussite en rien différente de celles qu’on nous montre depuis des décennies. Et ces chiffres terribles s’ils étaient autre chose que des statistiques discutables, assenés par le présentateur attendri : 75 % de nos jeunes rêveraient d’être fonctionnaires !

Alors, il m’est revenu un souvenir assez récent : le hasard du net m’a remise en contact brièvement, avec un jeune amoureux de mes 16 ans. A l’époque, sur mon site, j’avais utilisé un pseudonyme et je n’avais pas de photo de profil. Mais ce qu’il a reconnu, m’ayant trouvée et aussi incroyable que cela puisse paraître,  c’était le même esprit qui lui avait plu autrefois. Cependant, son «  tu es vraiment restée toi, avec ton engagement » m’avait laissée perplexe : ne devais-je pas y voir une forme de stagnation, d’immaturité persistante ?

Mais peut-être était-ce au fond une forme de résistance à ce long processus qui vous fait si facilement devenir ce qui vous effrayait autrefois …qui sait ?

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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