Solo (dites, madame, pourquoi écrivez-vous de la poésie ?

Solo

Je ne sais ce que raconte la poésie ni de quelle façon elle devrait se ployer, s’étirer, se travailler comme le tissu sur un métier. J’en ignore tout : c’est justement ma seule terre d’innocence. Je l’ai toujours lue sans réfléchir, à haute voix pour sa musique, sans scalpel et sans admiration parce qu’il fallait juste la prendre telle que. Elle a fait irruption en moi, tard, parce qu’il faut de la confiance pour écrire. Parce que j’aimais son élan indompté. Je n’ai jamais rien retravaillé, non par paresse (je suis plutôt une travailleuse acharnée pour le reste) mais parce que j’ai besoin de ce terreau brut. De me tromper, d’être incohérente et malhabile, de déplaire pourquoi pas. Il paraît, du moins me l’a-t-on dit, qu’il y faut davantage d’engagement ; à quoi se mesure-t-il ? J’écris comme je suis, de la façon la plus triviale, la plus ignorante, la plus simple. Tout est connecté à une sincérité brutale, naïve et incontrôlée. Dans l’entre-deux, lorsque cela n’est pas, je n’écris rien. Je ferme la porte sans regrets. Mon silence m’est dur mais nécessaire sans aucun doute. Alors je marche, je suis une errante qui règle très rarement son pas sur autrui. Non qu’autrui ne m’intéresse pas. Seulement, il a souvent des engouements passagers, des fulgurances passionnelles qui ne durent pas. Mon propre verbe peut l’enlacer quelques instants, se prêter à ce jeu d’interprétation subjective qui nous conduits si souvent à idéaliser l’homme derrière le poète, à chercher la femme derrière l’auteur.  Cela ne m’intéresse pas. Mon petit moi, débarrassé de toute prétention de bien faire ou de faire mieux, d’astiquer son étoile pour qu’elle brille, a juste appris à balancer entre fièvre et froid.  A attraper un bout de réel qui me hameçonne parfois sans crier gare et à le jeter en l’air pour voir comment il va retomber. A savoir que rien ne dure ; jamais. Ce pourquoi tout est beau et fragile.

Parfois, mes fantaisies croisent celles d’un autre, et nous nous amusons à croire que nous avons créé quelque chose. J’aime l’idée du fugace moi, de ce qui disparaît après soi.  Plutôt la jaillissement que le marbre. Aucun choix exclusif qui m’amputerait de mes autres curiosités et envies. On peut être passionnément en vie, vous savez. Nul besoin d’écarter de soi ce qui vous constitue.

Je ne saurais donc jamais écrire de la poésie, j’en écris seulement et c’est tant mieux (ou tant pis)….

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour Solo (dites, madame, pourquoi écrivez-vous de la poésie ?

  1. Pierre Perrin dit :

    Admirable réflexion, Colette. Belle prise distance, j’adore.

    Aimé par 1 personne

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