La pensée boutiquière, petite philosophie du boudoir, acte XLVIII

Ce titre un peu insolite s’est imposé à moi en voyant certains sites dont je suivais le fil se transformer peu à peu en étal de marchandises, l’objet supposé du lieu (transmission et échange) disparaissant peu à peu devant l’objet réel (vendre ses livres ou ses services). Étant moi-même prestataire et n’ayant pas souhaité multiplier les blogs ou les lieux d’affichage, je sais combien il est devenu difficile de ne pas mélanger les genres, parce qu’enfin il faut bien vivre. L’honnêteté intellectuelle doit pourtant conduire à réfléchir à ce qu’on fait et à se remettre en question pour ne pas devenir une sorte de marchand du temple galvaudant temps et pensée pour un profit bien illusoire (sentiment d’exister, promotion de son savoir-faire, échanges assez frustrants puisque limités), ou trompant littéralement le visiteur sur ce qu’on est censé lui offrir.

La fréquentation (distanciée) des réseaux sociaux m’a amenée aussi à mesurer combien il est facile de céder à la tentation du plaire à tout prix par une formule choc, une auto injonction à maintenir le flot de ses productions pour rester visible sur la toile. D’aucuns s’efforceront donc de publier tous les jours, y compris pour ne rien dire  ou signaleront leur absence par un message qui vient donc les contredire de fait : lequel d’entre nous sait véritablement échapper à ces travers ? Y échappé-je moi-même, sauf à préférer de plus en plus le retour au travail solitaire, à la réflexion et à la recherche.Étant écrivain, je reste donc sensible à la teneur des propos, à leur intention cachée et je me mets moi-même au cœur de ces interrogations. J’observe la réduction progressive des textes que je lis ailleurs, et dont les nuances s’éclipsent au profit du rapidement écrit et du lapidaire. J’observe la hâte du blogueur à vous solliciter et sa répugnance à vous répondre. Signe des temps peut-être, ou paresse d’esprit ? Que cherchent-ils, que cherchons-nous dans ce paraître ostentatoire, là où nous possédons un outil formidable pour communiquer vraiment, c’est-à-dire sur le fond, pour nous inscrire dans une transmission élargie des savoirs ?

L’armoire bibliothèque de ma première classe d’école contenait tout au plus 100 livres, qui me paraissaient un trésor ! Le monde aujourd’hui nous est offert en un clic pour peu que nous sachions quoi chercher. Le net donne de la voix aux silencieux d’hier et c’est tant mieux ! Tout est donc une question d’équilibre et de choix, de positionnement personnel. Alors je regarde maintenant où je « mets les pieds », tant il me plaît de savoir simplement à qui j’ai affaire : penseur, ou marchand ?

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
Cet article a été publié dans Mon réflex et moi, univers d'images. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s