A coté ; être présent au temps, être absent à tout, …petite philosophie dans le boudoir, acte XLVIII

Quelquefois, je glisse dans une faille spatiotemporelle. Ca se fait sans prévenir ; la seconde d’avant, j’étais tout à mon œuvre. Le nez dans ma page, le doigt sur le clavier. Et me voilà soudainement à côté. A côté de rien pour être plus précis. Qui me parlerait à cet instant aurait face à lui un masque éteint, une bouche close et des yeux dont un poisson ne voudrait pas.

Parfois, la brèche s’ouvre quelques secondes ; à d’autres moments, ma fuite s’accélère et je flotte dans un entre-deux d’où tout son, toute sensation sont abolis. Parfois, cet envol brutal s’effectue alors même que je suis en plein travail : les mots alors s’échappent ; déshabillés de leur sens, ils deviennent des formes graphiques dont la construction est incohérente. A d’autres moments, c’est l’objet que je tiens dans la main, le rituel auquel je me livre (salutations polies dans la rue accompagnées des phrases creuses que l’on se croit obligé de dire) qui se vide soudainement de substance, devenant alors  une simple démonstration d’absurdité.

La toute dernière fois que cela s’est produit, c’était en lisant Kant : la seconde d’avant, je me baladais avec lui, j’écoutais sa voix et m’efforçais d’en traduire les couleurs dans un sens qui me soit intelligible. Et soudain, plus rien ! Il avait disparu et je n’étais nulle part : était-ce la suspension chère à Spinoza ?

Ces « étourderies » ne me sont évidemment pas spécifiques. D’autres que moi, ceux que l’on nomme « distraits », têtes de linottes », connaissent bien ces échappées parfois gênantes. J’ai lu quelquefois de doctes articles de scientifiques sur  la nécessité d’être conscients au monde et conscients du monde ; vous savez, cette fameuse injonction d’être totalement présent et attentif à ce que vous faites (des fois qu’une seconde cruciale s’évanouirait de votre conscience sans prévenir).

Mais il s’avère que mon esprit est plus têtu que ma volonté. Quand il décide qu’il en a assez et qu’il serait temps de filer, rien n’y fait ! Depuis le temps, j’ai donc appris à m’en accommoder. Et à voyager tranquillement entre vide et plein (devrais-je dire trop- plein ? Et vous ?

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour A coté ; être présent au temps, être absent à tout, …petite philosophie dans le boudoir, acte XLVIII

  1. Antonio dit :

    L’esprit têtu avec ses petites voix intérieures, je ne saurais que vous encourager à prendre le temps de les écouter… Parfois elles surgissent du fond de nous pour nous dire quelque chose et couper le sifflet au mental et à l’égo, trop présents… ça s’appelle aussi l’intuition, l’inspiration, l’amour, la joie, la sagesse, l’harmonie, la béatitude…

    Depuis quelques temps, je m’adonne à la méditation, à la pleine conscience, à la l’imprégnation des énergies vitales issues de chakras, que ce soit par Christophe André ou Deepak Chopra, cela m’a permis de m’ouvrir à des évidences en moi qui ne sont pas d’ordre rationnelles mais plus spirituelles (hors toute religion) et qui m’ont mieux permis de répondre aux questions existentielles telles que « qui suis-je » et « qu’est-ce que je veux ? ».

    Du coup les absences détectées par le mental en pleine action ont changé de statut et ont pris leur place à côté du maitre à penser, sans qui je ne pourrais réfléchir et écrire ces mots. 😉

    Je partage ici mon expérience, loin de moi l’idée de vous embarquer dans quoi que ce soit.
    Amicalement.

    Aimé par 1 personne

    • Phédrienne dit :

      Bonjour Antonio
      Je vous avoue que la seule mention de « maître à penser » provoque en moi tout un tas de frissons répulsifs, je préfère des compagnons de route transitoires, mais c’est une question de choix ; néanmoins, j’ai appris à ne pas négliger ces moments de dérobade qui ont presque toujours un sens, même si je ne le sais pas sur l’instant ; merci !

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